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la vie, les enfants, l
La psychanalyste Claude Halmos vient de donner au magazine Elle une interview où elle recommande aux parents la fessée comme moyen d'éducation. Je lui ai répondu et j'ai pensé que ma réponse pourrait vous intéresser. Elle peut être largement diffusée...
Pour lire l'interview de Claude Halmos :
http://www.elle.fr/elle/societe/interviews/la-fessee-est-ce-si-grave
Madame,
Ah qu'ils sont rétifs les peuples européens, ils ne comprennent pas que leurs gouvernants veulent leur bonheur contre eux-mêmes. C'est donc que les peuples sont bouchés à l'émeri et que les hommes d'Etat se coupent toujours un peu plus des citoyens. Manque de pédagogie ? Manque de courage politique ? Exercice du pouvoir ?
Et voilà que la baffe est à nouveau tombée sur le coin du museau de l'Europe, elle est venue d'Irlande cette fois. Pour qu'un traité soit ratifié, il doit l'être à l'unanimité. Ca complique furieusement les choses tout de même vu le nombre grandissant de pays. Ingérable l'Europe ? D'où l'intérêt de ne pas trop demander aux bons peuples ce qu'ils pensent de l'avenir qu'on leur prépare, de l'ultralibéralisme, du capitalisme financier qui fiche un bon coup d'accélérateur au chaos mondialisé, de le hausse des prix un peu partout, de la pollution de la planète... Eh oui les peuples veulent autre chose pour demain, ils voient l'avenir en noir et il y a fort à parier qu'ils ont plutôt du pif sur ce coup-là. Marre des promesses qui n'engagent que ceux qui y croient, des mensonges qui servent à les asservir, assez qu'on leur fasse prendre des vessies pour des lanternes, à pétrole.
Quant à la planète, ma fois, elle va finir elle par nous trouver carrément insupportable nous les vieux occidentaux, et elle nous le fait savoir un peu plus chaque année, avec un printemps des plus pourris ici... Et oui la course contre la montre climatique est enclenchée. Si d'ici 2015 on ne change rien à nos mauvaises habitudes, modes de vie, de consommation, de transport et tout et tout, nous emmenons nos enfants droit dans le mur climatique : il faut diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 4. Rien de moins. Il y a du boulot et le virage est tout proche. Mais comme la ritournelle économique nous dit qu'il faut croître comme des grenouilles qui se prendraient pour des boeufs... Nous sommes à la croisée des chemins là, tout de suite, maintenant : où on pense à nos enfants ou à l'immédiat de nos porte-monnaie... Que croyez-vous que les politiques vont décider ? A long terme c'est l'absence de courage politique qui va nous coûter une vraie fortune. Mais ceux de maintenant s'en fichent, ils n'y seront plus à l'heure de rendre des comptes.
Une réflexion de Jacques Weber :
<<Une phrase qui me guide : "Nos gouvernants sont des dindons qui passent pour des aigles et font la roue comme des paons." Gustave Flaubert. Cette phrase me rappelle qu'en moi quelque chose hurle contre le fatalisme appliqué au monde actuel, et contre le sentiment de culpabilité qui naît de voir l'individu l'emporter parfois sur le citoyen. On est loin du commentaire, de la phrase policée consensuelle, du bla-bla obscène de la représentation politique. C'est un cri d'alarme contre notre somnolente citoyenneté, un tag vieux de plus d'un siècle, écrit par un érudit contre la barbarie de l'ignorance. Même s'il s'agit "d'un cri de vaincu", comme disait un critique de Flaubert, cette rage reste nécessaire.>>
LE DÉROULEMENT
1° - Présidence
Le maire préside le conseil municipal : c'est une de ses premières attributions. S'il est absent ou empêché, il est suppléé dans la présidence du conseil par les adjoints dans l'ordre des nominations, ou à défaut d'adjoints par un conseiller municipal désigné par ses collègues ou pris dans l'ordre du tableau. "Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président. Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion, mais il doit se retirer au moment du vote".
Délégations Le maire peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints, et en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints, ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal (loi du 27 février 2002, article 10-1).
Rappel du Code Général des Collectivités Territoriales
Article L2121-14
- Le conseil municipal est présidé par le maire et, à défaut, par celui qui le remplace.
Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président.
Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion ; mais il doit se retirer au moment du vote.
Article L2122-18
Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation à des membres du conseil municipal.
Le membre du conseil municipal ayant démissionné de la fonction de maire en application des articles LO 141 du code électoral, L. 3122-3 ou L. 4133-3 du présent code ne peut recevoir de délégation jusqu'au terme de son mandat de conseiller municipal ou jusqu'à la cessation du mandat ou de la fonction l'ayant placé en situation d'incompatibilité.
Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions.
2° - L'ouverture des séances du conseil municipal
L'appel nominal des conseillers municipaux : le maire procède à l'appel nominal des conseillers municipaux pour noter les présents, les excusés et ceux qui ont reçu délégation de vote.
Le quorum : il est vérifié au moment de l'appel nominal. C'est le nombre de membres du conseil municipal en exercice qui doivent être présents à la séance pour que le conseil puisse valablement délibérer (Art L2121 - 17 CGCT) Pour déterminer le quorum, seuls comptent les conseillers effectivement et physiquement présents à la séance. les conseillers municipaux absents représentés par un mandataire ne comptent pas pour le calcul du quorum. Le quorum est atteint si le nombre de conseillers en exercice présents à la séance est supérieur à la moitié du nombre des membres en exercice du conseil muncipal. Donc la moitié + 1.
Les conseillers en exercice quxquels une disposition interdit de prendre part au vote ou leur enjoint de se retirer au moment de certaines délibérations, ne doivent pas être pris en comtpe. C'est le cas du marie lors du vote du compte adminsitratif ou pour les conseillers intéressés à l'affaire. (Art L2121 - 11 CGCT)
L'adoption du procès-verbal de la séance précédente
Il est d'usage de commencer une séance du conseil par la lecture, la mise aux voix et à la signature de la séance précédente. Lors de cette lecture, tout conseiller peut en réclamer la rectification lorsqu'il y découvre une inexactitude.
3° - Secrétariat de séance
Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire. Cette désignation est la première question soumise à l'ordre du jour. C'est au conseil municipal et non au maire qu'il appartient de désigner le secrétaire de séance. Le rôle du secrétaire de séance est donc de rédiger les procès-verbaux qui ont pour objet de relater fidèlement le contenu du déroulement de la séance du conseil municipal. Il faut d'ailleurs noter que les conseils municipaux sont maîtres de la rédaction de leurs procès-verbaux. La mention des interventions des conseillers municipaux au cours de la séance n'est imposée par aucune disposition législative ou réglementaire. Il est toutefois recommandé d'inclure dans la rédaction des procès-verbaux l'analyse des opinions exprimées par les intervenants afin que ces documents puissent pleinement servir à l'information du public. Le conseil municipal peut également adjoindre à ce secrétaire de séance, des auxiliaires, choisis hors des membres du conseil municipal : il s'agit le plus souvent du secrétaire de mairie. Le secrétaire auxiliaire assiste aux délibérations sans y participer, son rôle se limite à aider le secrétaire de séance et à noter les éléments nécessaires à la rédaction du procès-verbal.
Rappel du code général des collectivités territoriales
Article L2121-15
- Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire.
Il peut adjoindre à ce ou ces secrétaires des auxiliaires, pris en dehors de ses membres, qui assistent aux séances mais sans participer aux délibérations.
4° - Ordre du jour
Le maire ne peut donner une suite favorable à la demande d'examen d'une affaire présentée en cours de séance par un conseiller municipal. La demande d'inscription d'une affaire à l'ordre du jour doit donc être adressée au maire avant l'envoi des convocations.
Le maire, qui est maître de l'ordre du jour, apprécie l'opportunité de l'inscription de l'affaire souhaitée par le conseiller. Un refus de sa part doit être motivé et peut faire l'objet d'un recours devant le tribunal administratif. En revanche, les propositions d'amendement à un projet de délibération relèvent du droit d'expression qui appartient à tout membre d'une assemblée délibérante. Elles peuvent donc être présentées en cours de séance. "Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal. Dans les communes de moins de 3 500 habitants, pour lesquelles l'établissement d'un règlement intérieur est facultatif, les conditions de traitement des questions orales doivent faire l'objet d'une délibération. Les questions orales n'ont pas pour objet d'obtenir une décision sur les affaires évoquées et ne peuvent donc donner lieu à un vote de l'assemblée.
Rappel du code général des collectivités territoriales
Article L2121-19
- Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal.
5° - Mode de scrutin
Le conseil municipal peut voter selon trois modes de scrutin :
Rappel du code général des collectivités territoriales
Article L2121-21
(Loi nº 2004-809 du 13 août 2004 art. 142 I Journal Officiel du 17 août 2004)
- Le vote a lieu au scrutin public à la demande du quart des membres présents. Le registre des délibérations comporte le nom des votants et l'indication du sens de leur vote.
Il est voté au scrutin secret :
1º Soit lorsqu'un tiers des membres présents le réclame ;
2º Soit lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation.
Dans ces derniers cas, si aucun des candidats n'a obtenu la majorité absolue après deux tours de scrutin secret, il est procédé à un troisième tour de scrutin et l'élection a lieu à la majorité relative ; à égalité de voix, l'élection est acquise au plus âgé.
Le conseil municipal peut décider, à l'unanimité, de ne pas procéder au scrutin secret aux nominations ou aux présentations, sauf disposition législative ou réglementaire prévoyant expressément ce mode de scrutin.
6° - Les délibérations
Celles-ci sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés, soit la moitié plus une voix. Les suffrages exprimés comprennent les votes favorables et défavorables manifestés par les conseillers présents, en leur nom personnel et au nom de leur collègues qui ont donné une procuration (un même conseiller ne peut être porteur que d'un seul pouvoir qui, sauf cas de maladie, dûment constaté, ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives). Les conseillers municipaux qui s'abstiennent, qui votent blanc ou qui se retirent avant le vote ne sont pas pris en compte dans le calcul des suffrages exprimés. En cas de partage égal des voix, la voix du président est prépondérante lors des scrutins ordinaires et des scrutins publics (article 2121-20 du CGCT). En cas de scrutin secret, le président ne peut user de sa voix prépondérante et s'il y a partage égal des voix, la proposition n'est pas adoptée, la majorité absolue n'étant pas acquise. La seule dérogation à cette règle concerne l'adoption du compte administratif du maire : le compte administratif est arrêté dès lors qu'il n'a pas été rejeté à la majorité des suffrages exprimés (article L 1612-12 du CGCT). Ce principe s'applique que le scrutin soit public ou secret.
Rappel du code général des collectivités territoriales
Article L2121-20
- Un conseiller municipal empêché d'assister à une séance peut donner à un collègue de son choix pouvoir écrit de voter en son nom. Un même conseiller municipal ne peut être porteur que d'un seul pouvoir. Le pouvoir est toujours révocable. Sauf cas de maladie dûment constatée, il ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives.
Les délibérations sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés.
Lorsqu'il y a partage égal des voix et sauf cas de scrutin secret, la voix du président est prépondérante.
Article L1612-12
- L'arrêté des comptes de la collectivité territoriale est constitué par le vote de l'organe délibérant sur le compte administratif présenté selon le cas par le maire, le président du conseil général ou le président du conseil régional après transmission, au plus tard le 1er juin de l'année suivant l'exercice, du compte de gestion établi par le comptable de la collectivité territoriale. Le vote de l'organe délibérant arrêtant les comptes doit intervenir au plus tard le 30 juin de l'année suivant l'exercice.
Le compte administratif est arrêté si une majorité des voix ne s'est pas dégagée contre son adoption.
Lorsque le compte administratif fait l'objet d'un rejet par l'assemblée délibérante, le projet de compte administratif joint à la délibération de rejet tel que présenté selon le cas par le maire, le président du conseil général ou le président du conseil régional, s'il est conforme au compte de gestion établi par le comptable, après avis rendu sous un mois par la chambre régionale des comptes, saisie sans délai par le représentant de l'Etat, est substitué au compte administratif pour la mise en oeuvre des dispositions prévues aux articles L. 1424-35, L. 2531-13 et L. 4434-9 et pour la liquidation des attributions au titre du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée prévue à l'article L. 1615-6.
7° - Les commissions municipales
Le conseil municipal peut former au cours de chaque séance, des commissions chargées d'étudier les questions soumises au conseil soit par l'administration, soit à l'initiative d'un de ses membres. Les commissions municipales sont composées exclusivement de conseillers municipaux désignés par l'assemblée communale. Le maire est président de droit de toutes les commissions. Il peut déléguer cette fonction à des adjoints et se faire ainsi représenter. Le rôle des commissions est limité à l'étude des affaires et à la préparation des dossiers qui doivent être soumis au conseil municipal pour délibération. Elles ne peuvent en aucun cas prendre une décision car celle-ci appartient au conseil municipal. Contrairement aux séances du conseil municipal, les réunions de travail des commissions ne sont pas publiques.
Rappel du code général des collectivités territoriales
Article L2121-22
- Le conseil municipal peut former, au cours de chaque séance, des commissions chargées d'étudier les questions soumises au conseil soit par l'administration, soit à l'initiative d'un de ses membres.
- Elles sont convoquées par le maire, qui en est le président de droit, dans les huit jours qui suivent leur nomination, ou à plus bref délai sur la demande de la majorité des membres qui les composent. Dans cette première réunion, les commissions désignent un vice-président qui peut les convoquer et les présider si le maire est absent ou empêché.
- Dans les communes de plus de 3 500 habitants, la composition des différentes commissions, y compris les commissions d'appel d'offres et les bureaux d'adjudications, doit respecter le principe de la représentation proportionnelle pour permettre l'expression pluraliste des élus au sein de l'assemblée communale
LA BRUTALISATION DU CORPS FEMININ DANS LA MEDECINE MODERNE
de Marc Girard
consultant et expert près la Cour d'appel de
Versailles (Médicament et recherche biomédicale)
Avis à toutes celles qui se sont senties bafouées dans leur corps...
I. Un univers inversé
Quand je pense à la médicalisation du corps féminin, je suis frappé par quelque chose de sinistre : tout cela s'est constitué comme un inquiétant univers inversé, comme une sorte de monde à l'envers effrayant où les impulsions les plus élémentaires et les moins contestables de notre nature sexuée sont comme systématiquement mises hors jeu, remplacées qu'elles se trouvent par des rituels caricaturalement antagonistes : facilement objectivable par le spécialiste de recherche clinique, c'est bien cette dimension de caricature, de trop, qui ne laisse pas de préoccuper et d'exhorter le freudien à l'interprétation. Prenons le jeu pourtant élémentaire du regard et de la pudeur : l'homme – il est construit comme cela – cherche toujours à en voir plus que la femme n'est disposée à lui montrer, et la séduction est d'abord la conquête par le regard d'une intimité progressivement dévoilée. Même sans y avoir été invité par une jupe trop fendue ou un décolleté un peu profond, l'homme – certes à ses risques et périls – s'ingénie à reconstituer l'anatomie féminine fût-elle dissimulée par la plus grossière des étoffes. C'est comme cela, probablement un peu partout, sauf en terre médicale : la pudeur et la séduction n'ont plus aucune raison d'être dès qu'on franchit les limites d'un service de gynécologie. Aux consultations du Planning familial, la plus splendide des gamines était requise de se déshabiller complètement dans une cabine, d'attendre la lumière verte et de se présenter entièrement nue, durant toute la consultation, devant un individu en blouse blanche généralement parfaitement inconnu et interchangeable d'une consultation sur l'autre. Il fallait donc en passer par là, par cette stupéfiante mise en scène du désir évacué, pour obtenir le sésame d'une sexualité « libérée ». Or, quelle justification technique pour ce rituel dégradant ? Aucune : l'intérêt de la consultation préalable avant prescription de pilule est tellement problématique que l'on a envisagé un temps de la supprimer et, en tout état de cause, les paramètres pertinents en matière de contre-indications relèvent plus de mesures chastes (prise de poids ou de pression artérielle) ou d'examens complémentaires (prise de sang) que d'évaluations fondées sur un attentat à la pudeur.
Autre exemple de pulsion élémentaire : la possessivité mâle. Chez les mammifères en général, et les hommes en particulier, l'adrénaline monte très vite quand un mâle voit un autre mâle s'approcher d'une femelle sur laquelle – à tort ou à raison – il estime disposer de certaines prérogatives. Ça a toujours été comme cela – ça sous-tend même une bonne part des théories de Darwin –, sauf à l'hôpital. Entrez dans une salle d'accouchement. Le mari est là (c'est un acquis paraît-il précieux de l'obstétrique moderne), on lui a même fait revêtir la tunique blanche des agresseurs. Sa femme est là, elle aussi, entièrement nue encore une fois et tout le monde l'agresse : on la force à rester allongée quand aucune femme n'aurait jamais spontanément l'idée incongrue de s'allonger pour accoucher, de toute façon on a pris soin de l'attacher dans l'improbable cas où elle voudrait bouger, on lui rase les poils de la vulve, on l'engueule si elle se plaint trop (accouchement « sans douleur » oblige) et on va finir par lui taillader la vulve. Et dans cette séquence d'une sauvagerie inouïe, que fait le mari ? Il se pâme d'émotion, se confond en remerciements à l'égard des brutes qui s'acharnent sur son épouse, sans apercevoir que de tels actes de barbarie sur une femme innocente justifieraient un meurtre dans n'importe quelle autre circonstance. Or, quelle justification technique, là encore ? Aucune : les rares investigations disponibles confirment l'idée de bon sens que l'accouchement en position accroupie est infiniment plus eutocique que l'accouchement en décubitus, et je reviendrai plus loin sur la monstrueuse absurdité de l'épisiotomie. De plus, et tout en attendant avec beaucoup d'impatience la ou les études qui démontreront l'intérêt du rasage vulvaire, réfléchissons de façon un peu rationnelle à cette obsession de l'asepsie en obstétrique. Juste avant la naissance, un nouveau-né se présente comme un être absolument vierge bactériologiquement, à ce titre extrêmement vulnérable à toute contamination microbienne ; dans cette situation exceptionnelle, la filière vaginale – quoique objectivement grouillante – n'est pas cette zone plus ou moins accréditée comme immonde par des décennies de médecine et de microbiologie, mais une voie de passage providentielle au travers de laquelle le corps du bébé va se voir massivement colonisé par ce qu'on peut concevoir de plus « ami » en matière d'interactions bactériennes – les germes de sa mère ; on peut admettre sans grand effort qu'en matière d'amitiés microbiennes bilatérales, les germes du père, ensuite, méritent une inscription de second rang – et que de toute façon, qu'elles soient maternelles ou paternelles, les inévitables potentialités pathogènes liées à toute cette circulation bactérienne ou mycosique seront contrôlées au mieux par tous les transferts immunologiques inhérents à l'allaitement naturel. Or, c'est précisément cette dynamique subtile d'écologie microbienne que le cérémonial obstétrical s'applique à réduire à néant, en contrariant – par des mesures censément « hygiéniques » dont l'intérêt n'a jamais été si peu que ce soit validé – les colonisations amies et en maximisant l'exposition du bébé à des germes d'origine hospitalière. Certes, il n'existe pas, à ma connaissance, d'étude épidémiologique démontrant que le risque d'infection néo-natale soit réduit par un accouchement non hospitalier , mais il semble clair que, dépourvu du moindre intérêt technique documenté, le cérémonial obstétrical classique maximise ce qui reste, pour une grossesse d'évolution normale (il y en a encore…), le risque numéro un de la période néo-natale : l'infection.On voit, sur la base de ces deux exemples, qu'il s'agit bien de ritualisations perverses et non pas de procédures garanties par l'exigence hippocratique de chasteté dans la relation thérapeutique : il n'y a rien de chaste dans le fait de forcer une jeune femme, éventuellement vierge, à se présenter entièrement nue, surtout lorsqu'il est patent que cette humiliation ne correspond à aucune contrainte technique. A titre de contre-exemple évocateur, on citera le cérémonial de la cure freudienne dans lequel l'intimité dévoilée (mais progressivement !) n'est même pas incompatible avec la circulation du désir via transfert et contre-transfert, puisque ce désir est, lui, authentiquement contraint par une exigence de chasteté dont la justification technique va de soi.
II. Une inversion à sens unique
Cette propension de la médecine à mettre en oeuvre, sans le moindre motif technique, des rituels d'inversion qui bafouent la dignité sexuelle de la femme est d'autant plus frappante que symétriquement, les médecins sont le plus souvent aux abonnés absents quand leurs savoirs les mettraient en position de réintégrer, ou de renforcer les individus dans leur intégrité sexuelle. Deux exemples là encore.
-- Il existe, à l'heure actuelle et chez des milliers de jeunes femmes, une immense misère sexuelle dont on parle étonnamment peu, à savoir celle liée aux mycoses génitales récurrentes. Sur cette question, la doxa médicale me paraît là encore marquée par une préoccupante irrationalité. Je ne connais aucune étude sérieuse validant la thèse du « foyer digestif » (qui a été cependant la providence des marchands d'antimycosiques per os) et, elle non plus validée par aucune étude, la recommandation de traiter le partenaire défie la raison : par rapport à un désordre patent de l'écologie des germes commensaux, ça rime à quoi de prendre le risque que les levures avec lesquelles l'homme viendra nécessairement recontaminer sa partenaire aient éventuellement acquis des résistances aux anti-fongiques ?… En revanche, nous savons que la cause actuellement la mieux identifiée de déséquilibre écologique pour la flore vaginale est bel et bien la pilule, et l'expérience suggère que l'éradication de cette cause se traduit le plus souvent par des guérisons spectaculaires : mais même à notre époque de « libération » supposée, les jeunes femmes, apparemment, n'ont pas droit à une information claire quant aux inconvénients iatrogènes de la contraception orale sur leur équilibre sexuel .
-- L'autre exemple concerne cette misère encore plus pathétique des jeunes mères, innombrables elles aussi, qui ne parviennent pas à allaiter leur enfant faute de produire du lait en suffisance. Il suffit de feuilleter les manuels de périnatologie pour apercevoir, de par la variété des remèdes proposés (la bière…), la fréquence et la régularité d'un problème dont on sait comme il peut être vécu par les intéressées avec angoisse, humiliation et désespoir. Or, alors que tout le monde sait que l'ocytocine est l'hormone-clé de la montée laiteuse, personne ne semble s'être avisé que l'orgasme en est le moyen de libération le plus sûr et le moins cher. Vous me direz, évidemment, à six tétées par jour, le pré-requis orgasmique risque de se révéler éprouvant : mais outre que cela reste à voir et que c'est une question de choix personnel, l'expérience suggère qu'il n'en faut pas autant pour rassurer la jeune femme et l'ancrer dans le sentiment de sa suffisance comme mère nourricière. En tout état de cause, c'est aussi un moyen plus facétieux et moins humiliant que le rituel de la salle d'accouchement pour associer le père à la cogestion du post-partum…
Cette agression ritualisée de la dignité physique et sexuelle de la femme n'est qu'une mise en actes d'un état d'esprit bien plus général et profond qui conduit à nier tant la perplexité de l'homme devant la féminité que son inépuisable fascination pour l'esthétique du corps féminin.
III. Une presqu'île insipide
Par opposition à la perplexité avouée de Freud pour le fameux « continent noir », on pourrait dire que dans l'axiologie médicale classique, la féminité c'est au mieux un village de plaisance – ou une presqu'île insipide. La médecine, en effet, n'est jamais en panne de réponse quand il s'agit de délimiter les territoires du féminin. Comme moi, sans doute, vous avez appris qu'en cas de dysgénésie gonadique à la naissance, il était plus facile d'envisager la reconstruction chirurgicale d'un femme que celle d'un homme : mais quoi de « féminin » dans la reconstruction finale ?…En tout état de cause, dans les grimoires médicaux, l'équation du féminin est le plus souvent du premier degré – et sans inconnue. S'interroge-t-on – ce qu'on ne fait pas assez souvent – quant aux effets de la contraception orale sur la libido féminine que l'on se voit répondre que chez la femme, l'essentiel se passe dans la tête : c'est d'ailleurs vrai que quand on s'applique à obtenir par des moyens hormonaux symétriques le même type de contraception chez l'homme, les vomissements incoercibles ou les troubles de l'érection sont des stigmates plus voyants du pouvoir des glandes sur la sexualité humaine… Quoi qu'il en soit et nonobstant cette concession au symbolique finalement assez exceptionnelle en médecine, la femme de 50 ans et plus redevient une femelle purement oestrogénodépendante quand il s'agit de justifier un traitement hormonal de substitution (d'ailleurs contre l'évidence cumulée des investigations cliniques ou épidémiologiques.) Tout dans la tête avant 50 ans, tout dans les ovaires après…
Chez les jeunes femmes de toute façon, cette primauté du symbolique, pour avantageuse qu'elle soit quand il convient de nier les effets iatrogènes d'une authentique castration chimique, s'efface absolument lorsqu'on en arrive à une autre équation du féminin où il semble cette fois aller de soi que les paramètres du psychisme doivent être mis hors jeu : je veux parler de la fécondité et des problèmes de l'infertilité. Pas de doute, à présent : tout est dans les glandes et c'est bien à la substitution de leurs défaillances élémentaires que s'attachent – pour un coût financier exorbitant soit dit en passant – les innombrables procédures de procréation artificielle. Or, qu'est-ce les heureuses élues vont se voir offrir en échange de leurs coïts programmés dans l'horreur d'une médicalisation absolue, généralement étalée sur des années ? Outre des effets iatrogènes assez préoccupants, voire potentiellement fatals, des résultats d'efficacité problématiques dont on ne peut pas dire qu'ils aient fait l'objet de validations très rigoureuses ; une récente méta-analyse montre que, sur les essais cliniques publiés – càd au top de la pratique en la matière – moins de 10% des études expriment leurs résultats en termes de naissance viable, paramètre d'évaluation dont on aurait pu penser, pourtant, qu'il s'impose comme le seul pertinent. De recoupement en recoupement sur ces données tronquées, on en arrive à reconstituer un taux de réussite d'environ 25% des cas, ce qui doit correspondre au pourcentage notoirement reconnu depuis l'antiquité au moins pour une naissance spontanée dans une population de femmes réputées plus ou moins « stériles »… Je n'ai pas su si je devais rire ou pleurer quand une femme tombée enceinte environ six mois après que je l'avais arrachée à des années de médicalisation forcenée pour « stérilité » m'a confiée sa lassitude d'être encore obligée de prendre la pilule plus de 10 ans après, et sa colère de s'être récemment fait jeter pas sa gynécologue qui a jugé, dans un accès inhabituel de modération, qu'on devrait attendre encore avant d'envisager une ligature des trompes à 48 ans …
IV. Un martyrologe constamment renouvelé
Tout cela serait plaisant si ce n'était tragique. Car cette conception simplissime de la féminité sous-tend, par son arrogance et le manque de scrupules résultant, une véritable martyrologie des femmes : la médecine moderne n'a jamais eu peur de faire souffrir le corps féminin, voire de le mutiler, ou de le tuer.
Nous savons, parce que cela a été démontré, que voici encore relativement peu à l'échelle de l'histoire moderne, la mortalité iatrogène des accouchées était sans commune mesure avec celle des femmes échappant à tout contrôle médical. Mais mon propos ne concerne pas que le passé : pour stupéfiante qu'elle soit, la durabilité du mépris ou de la haine pour la vulve féminine est attestée aujourd'hui encore par l'incroyable persistance d'une pratique que, lors d'un récent débat dans les colonnes du Lancet, nous sommes quelques-uns à avoir qualifiée de « barbare » – je veux parler de l'épisiotomie. Interrogez n'importe quel obstétricien, n'importe quelle sage-femme, on vous répondra que la chose n'est jamais opérée qu'avec le plus grand discernement et que, de toute façon, la procédure est remarquablement bénigne et indolore. Interrogez les chiffres, à présent, et vous verrez que ledit discernement conduit à taillader environ 95% des accouchées, tout portant à croire que celles qui en réchappent ont eu le bon goût d'accoucher assez vite pour qu'on n'ait pas le temps de sortir les ciseaux. Interrogez la méthodologie de la recherche pharmaceutique : vous verrez que cette procédure réputée si indolore est l'un des modèles le mieux établis pour les essais cliniques sur les antalgiques. Interrogez l'évidence cumulée de dizaines d'essais sur l'efficacité d'une procédure aussi incroyablement brutale : vous apprendrez qu'en moyenne, les déchirures périnéales après épisiotomie sont plus graves et plus délabrantes que celles qui surviennent spontanément. Interrogez, enfin, les femmes dans leur intimité : vous verrez que le nombre de celles qui n'osent se plaindre de séquelles durables, notamment dans leur vie sexuelle, n'est pas négligeable .
Les exemples pourraient être multipliés. Car, même si la médecine n'a jamais pu envisager l'équation du féminin sous forme autre qu'élémentaire, elle est néanmoins passée maître dans les techniques de simplification : il est considéré comme acquis en effet que tout ce qui pose problème dans l'anatomo-physiologie du corps féminin peut être éliminé sans autre forme de procès. Il en va ainsi, on l'a vu, de la subtile machinerie encore mal comprise du cycle hormonal, même si le prix à payer – outre une qualité de vie problématique – va des effets cutanés plus ou moins graves ou voyants aux cancers du sein en passant par les accidents cardio-vasculaires : une récente étude a estimé à quelque 430 par ans le nombre de jeunes Américaines redevables à leur contraception orale d'une hémorragie sous-arachnoïdienne, chiffre considérable eu égard au fait que ces hémorragies méningées ne sont quand même pas la complication la plus fréquente ni la mieux documentée de la pilule. En tout état de cause, qu'il s'agisse du col ou du corps utérin, des ovaires, des trompes, des seins, de la thyroïde, des plaques de cellulite ou, bien entendu, des poils vulvaires, il n'est pas une partie du corps féminin qui soit réputée irremplaçable. Que dire des tonnes de seins qui sont partis à la poubelle sur la base d'une mammographie mal lue dans un contexte, de toute façon, où nous sommes toujours dans l'attente d'une démonstration convaincante de l'intérêt de cette procédure radiographique douloureuse et incertaine que l'on s'acharne néanmoins à accréditer comme providentielle dans une idéologie du « prophylactiquement correct » ? Que dire encore de ce prophylactiquement correct qui a conduit, depuis des dizaines d'années, des millions de femmes ménopausées à ingurgiter, sur des arguments de pure complaisance, des oestrogènes de substitution quand il apparaît des premiers essais cliniques enfin mis en place que les effets effectivement observés en pratique sont strictement antagonistes avec ceux qui ont sous-tendu la promotion de ces traitements .
V. Réponse à tout
Ce qui ressort de ce bref inventaire, c'est aussi que la brutalisation, voire le martyr du corps féminin ne peuvent être imputés aux excès d'une technicisation désexuante qui s'appliquerait identiquement à l'homme : pour envisager une orchidectomie même chez un homme très âgé, on y regarde de plus près que pour « la totale » chez une femme passée la quarantaine alors même que se posent, chez la seconde, des problèmes de statique pelvienne qui n'ont aucun équivalent chez le premier. Que la médecine occidentale soit brutale, excessivement brutale ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais mon propos de ce jour ne vise pas cette brutalité séculaire : il pointe un excès de brutalité qui touche spécifiquement la femme. Dans la pratique médicale, le corps féminin fait l'objet d'un excès d'attention, car c'est bien dans tous les domaines de la féminité et à chaque étape de la vie que la médecine s'interpose – et qu'elle a réponse à tout. Depuis au moins la pré-adolescence jusqu'à la post-ménopause, les femmes sont l'objet d'une surveillance toute spécifique, et les remèdes qu'on leur propose font frémir le spécialiste de iatrogénie : les hormones de croissance à la moindre alerte sur la puberté (qu'elle soit présumée précoce ou tardive), les progestatifs aux premiers troubles des règles, la pilule le plus tôt possible à titre de précaution tous azimuts – par exemple pour accompagner une prescription d'anti-acnéique ! –, les FIV aux premiers symptômes d'une subfertilité initialement supposée mais durablement consolidée ensuite par une médicalisation délirante, les échographies multipliées dès les premiers jour de grossesse, l'épisiotomie assurée pour l'accouchement et les césariennes à tire-larigot pour un oui pour un non, le stérilet ensuite, puis les hormones de substitution dont quelques malins commençaient même à nous expliquer l'intérêt dès la quarantaine via la subtile innovation nosographique de la « pré-ménopause », etc. Quoi de comparable chez l'homme ?
Mais cet excès d'attention qui a réponse à tout à chaque étape de la vie – c'est une attention de réduction, de dénégation et plus encore, de dégradation : les poils intimes ne sont plus qu'une broussaille nauséabonde source de toutes les contaminations potentielles, la vulve n'est qu'un étranglement inopportun, l'utérus une source évitable d'emmerdements, les ovaires des glandes facilement substituables, les seins des morceaux de barbaque sans intérêt vital. Dans l'idéal du corps ainsi rectifié par la médecine, qu'est-ce qui reste de féminin ? J'ai introduit mon propos en évoquant un monde inversé…
VI. Récupération
Il arrive néanmoins que l'évidence – au sens des anglo-saxons – finisse par faire entendre sa voix dans un tel délire. C'est ce qui s'est passé, par exemple, pour l'allaitement maternel, dont plus personne ne conteste sérieusement les vertus. Mais après l'énorme essai d'y substituer un allaitement artificiel dans les années 50, la médecine n'a fait aucun effort sérieux d'autocritique – ni pour identifier rétrospectivement les sirènes qui avaient pu conduire une profession entière à engager les mères sur la voie d'un artifice aussi dommageable, ni pour évaluer sérieusement les conséquences sanitaires de l'allaitement artificiel sur toute une génération : aujourd'hui, l'allaitement « maternel » – ne dites jamais : « naturel » – et bel et bien conçu comme une victoire de la médecine moderne – une victoire sur des pratiques anciennes dont on a oublié le déterminisme exact mais où il est tenu comme allant de soi que l'obscurantisme féminin a dû finalement s'effacer devant la rationalité médicale.
Il en va de même avec les mammectomies, heureusement en voie de régression. Loin d'esquisser un mouvement de repentance et de reconnaître qu'en matière de cancer du sein, la médecine a fait plus ou moins n'importe quoi, les gynécologues, la main dans la main avec les radiologues et les cancérologues, tendent à accréditer comme un miracle de la médecine moderne qu'on trouve encore des femmes de la quarantaine avec des nichons intacts ! Mais à une condition, évidemment : qu'elles fassent allégeance à une médicalisation qui leur impose le rituel pénible et techniquement non validé de la mammographie, pour ne point parler, chez certaines, du tamoxifène qui, outre une prise de poids conséquente, les bouffées de chaleur et des métrorragies incontrôlables, remplace le risque – minime – d'un cancer controlatéral par celui d'un accident vasculaire cérébral… Bah ! C'est quoi la tête, chez une femme ?…Ainsi, lorsque le féminin revient au galop après que les médecins ont cherché à l'éliminer, ce n'est pas pour repérer les limites de la brutalisation, mais au contraire pour accréditer une récupération et célébrer le triomphe de la médicalisation.
VII. L'immonde féminin
Soit donc le livre légèrement daté d'un éminent académicien qui s'intitule : Hygiène et maladies de la femme. On n'aurait aucune peine à documenter, sur d'innombrables écrits équivalents, cette obsession de la médecine à l'égard de l'hygiène féminine. Mais ça viendrait à l'esprit de qui d'écrire un livre : Hygiène et maladies de l'homme ?…
Il faut donc comprendre que c'est parce qu'elles sont potentiellement dégoûtantes que les femmes ont besoin d'une telle attention médicale : la médecine comme barrière à l'immonde féminin…Nous touchons-là un des thèmes de recherche sur lequel je souhaitais attirer votre attention. A n'en pas douter, l'antagonisme homme/femme est antérieur à la naissance de la médecine moderne : mais il revient à cette médecine d'avoir déplacé les racines de l'antagonisme d'une angoisse fondamentale – la peur viscérale de l'homme à l'égard des puissances supposées du féminin – à un simple dégoût rationalisé sur la base d'un supposé savoir quant à la physiopathologie des femmes.
Face à ce corps bâti en reliefs et en creux comme pour la prise et l'emprise, l'homme, probablement depuis la nuit des temps, se trouve cisaillé par une double angoisse : rater l'abordage, certes, mais également laisser inassouvi ce creux par essence inépuisable. Car lorsque l'homme ne peut plus, la femme peut encore – il lui suffit de vouloir… C'est bien cette angoisse fondamentale – au coeur du Sacré – qui se trouve désamorcée par les pseudo-savoirs de la médecine : l'homme a raison non d'avoir peur, mais de se méfier, car on ne sait jamais quelles saletés on va trouver au fond de ce trou-là, et il n'y a rien d'inépuisable, d'autre part, dans ce corps féminin qu'il est tellement facile de pénétrer par spéculum interposé ou de démonter par morceaux…
VIII. Déculturation
J'en viens à la deuxième hypothèse que je voulais évoquer devant vous, qui touche à l'origine historique de ce déplacement. Historiquement, il est possible de corréler cette « prise en main » du corps féminin avec les premiers essais de médicalisation de l'accouchement, lorsque les chirurgiens commencent à s'immiscer. C'est l'époque qui introduit à l'idée de sages-femmes accréditées par l'autorité conjointe du Roi et du curé local. C'est aussi l'époque où l'on voit paraître, sous la plume des chirurgiens en question, les premières dénonciations – particulièrement sévères – des sages-femmes « sauvages », celles de la société traditionnelle, celles des contes de fées…
Or, il est frappant que cette médicalisation s'inscrit dans le sillage d'un intense mouvement de reprise en main des masses populaires : à l'échelle de l'histoire, le moment où le pouvoir central s'interroge sur l'intérêt d'accréditer les sages-femmes apparaît bien proche de celui où, avec l'objectif avoué d'une ré-évangélisation, il envoie dans les campagnes les nouveaux prêtres trempés dans l'esprit du Concile de Trente.
Le formidable ébranlement de la Contre-Réforme, c'est le moment de l'Ancien Régime où, sous la poussée des revendications protestantes, toutes les autorités en place sentent un séisme qui menace leur pouvoir et leurs privilèges ; le moment où les « élites » conscientisent qu'il s'en faut de beaucoup que leurs valeurs aient profondément conquis le coeur et l'esprit du peuple ; le moment où il n'est plus possible d'ignorer que par delà le vernis d'une conversion inconsidérément tenue pour acquise, les masses restent viscéralement ancrées dans les valeurs et pratiques d'une culture bien plus ancienne. Il est significatif que l'entreprise de déculturation forcenée qui s'ensuit se développe alors selon deux axes principaux : d'une part, l'évangélisation des esprits selon les canons fermement ré-affirmés du récent Concile, d'autre part la prise en charge du corps féminin via une médicalisation de l'accouchement, càd de cet instant précis où s'actualise le plus spectaculairement les racines du pouvoir féminin dans la société traditionnelle – son aptitude à exister tout à la fois en creux et en protubérance, sa bisexualité en un mot.
Dans cette perspective, la contribution de la médecine moderne à l'entreprise de déculturation née de la Contre-Réforme apparaît plus clairement. Car ce qui distingue le plus la société traditionnelle de la société contemporaine, c'est justement la place bien plus spécifique des femmes – détentrices comme par hasard des pouvoirs et savoirs qui sont aujourd'hui le monopole de notre profession : ceux qui portent sur le sexe, la procréation et l'accouchement. Et si l'on admet que la déculturation post-tridentine passait par la confiscation de ces savoirs et pouvoirs féminins, il en résulte que la médicalisation a été un ressort essentiel de cette entreprise : la Contre-Réforme, c'est aussi la grande vague des procès de sorciers – dont on sait aujourd'hui qu'ils ont été pour leur majorité des procès de sorcières, visant précisément souvent ces femmes isolées ou recluses auxquelles la société traditionnelle se référait dans les grandes moments de l'accouchement, du mariage, de la procréation et de la maladie. Ce n'est donc guère forcer le trait de constater que, en exterminant nos concurrentes, les bûchers de l'Inquisition ont puissamment contribué à l'installation – au moins idéologique – du monopole médical contemporain et que, symétriquement, ni les médecins ni les sages-femmes assermentées n'ont jamais refusé le secours de leur science lorsqu'il s'est agi, à la demande des inquisiteurs, de documenter les spécificités anatomo-physiologiques « objectivant » l'emprise du Malin sur le corps maudit des sorcières. Est-il anodin que la fin de la chasse aux sorcières soit à peu près contemporaine des premiers édits visant à une formation plus académique des sages-femmes : il n'y a plus besoin de les brûler quand on s'est assuré le contrôle de leurs savoirs et pouvoirs.
Reconnaître que la médecine – la nôtre – ait pu être l'outil d'une déculturation d'essence religieuse conduit symétriquement à s'interroger sur les valeurs cléricales susceptibles d'imprégner notre idéologie dissimulée sous le vernis de la « Science ». On peut se demander, justement, ce que la brutalisation du corps féminin et, notamment, l'horreur compulsionnelle de la médecine pour le vagin, doivent à la misogynie – et même à l'homosexualité plus ou moins latente – des clercs qui ont envoyé nos ancêtres chirurgiens co-évangéliser les masses paysannes…
En tout état de cause, cette élimination des femmes de leurs positions traditionnelles ne relève pas seulement exclusivement de l'histoire, fût-elle moderne : c'est un enjeu toujours contemporain. Le débat sur la prescription de la pilule aux mineures dissimulait qu'il restait des âges de la vie féminine où, traditionnellement, les médecins passaient encore après les mères. Que reste-t-il aujourd'hui pour préserver les jeunes filles d'une médecine qui s'est constituée dans l'horreur de leur corps ?
IX. Conclusion
Méditer, cependant, sur la misogynie compulsive où s'enracine la médecine moderne, c'est aussi introduire à une interrogation sur le sadisme – au sens freudien – de notre savoir et de nos pratiques. Vaste question…
Voilà un mot ancien qui sonne fier, j'en conviens, mais qui n'est plus d'usage, comme il n'est plus d'usage de voir la vie tel un chemin initiatique émaillé de stations et comme il n'est plus d'usage de s'orienter en tous lieux selon les points cardinaux".
"Oui. Et pourtant les points cardinaux persistent en leur lieu et place que nous entretenions ou non avec eux une relation et notre vie est parcours initiatique que nous en ayons conscience ou non et le serment brisé pèse sur nos vies comme sur le toit de nos maisons la couronne d'un grand marronnier décapité par la tempête. Ce n'est pas un sujet dont il y ait à débattre. Un sujet d'opinion. C'est un fait. Et plus j'en accepte l'évidence, plus je peux commencer de considérer les dégâts causés avant que tout ne soit détérioré et qu'il se mette à pleuvoir dans les chambres. Ce n'est pas de lois morales qu'il s'agit mais de lois ontologiques. Nier le sinistre met ma vie en danger".
"Il est temps de reprendre conscience de ce qui fonde la Vie, de ce qui ne dépend aucunement de nous, de ce soubassement que n'ébranlent ni les systèmes de pensée, ni les régimes politiques, ni les révolutions, ni les civilisations mêmes - et qui reste inchangé et inaltéré qu'on l'honore ou qu'on l'ignore".
"Il y a aujourd'hui un irrespect de l'engagement qui fige la moelle dans les os. Entrer au service de la vie est un devoir d'honneur. Mais qui a songé à le dire ? A dire aux époux qu'ils partent sans ticket de retour pour une odyssée et que le voyage va aussi les mener à travers des forêts sombres, des steppes désertiques ... Qui a songé à leur dire qu'une seule chose les portera : la fidélité à leur plus haute espérance - à ce qui leur a été donné de pressentir en l'instant où ils ont le plus aimé ! Qu'ils sachent que cette folie-là, cette fulgurance, cette clairvoyance qui n'aura peut-être duré que le temps de battre des cils est pourtant le seul roc sur lequel se construit une vie, et qu'il n'est de fidélité qu'à cette folie - parce qu'elle seule est à la (dé) mesure de l'amour"
Il faudrait peut-être un village pour élever un enfant mais c'est une communauté qu'il faut pour garder les parents sains d’esprit. --- Sobonfu Somé |