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Le progrès, c'est fou non ?!

Par Tata Sophie, 24/06/2008 à 15:08
Catégorie : D-Bloc-notes
La technologie c'est tout de même assez formidable. Sous des allures de modernisme et de progrès, elle sert toutes nos lubbies, fantasmes et pulsions les plus primaires...
 
Voilà donc une nouvelle façon de transformer d'innocents grains de maïs en pop corn prêt à consommer...
Eh oui ça laisse rêveur sur l'état du cerveau des accros du portable ?! Ce n'est donc pas étonnant que notre jeunesse, qui use et abuse de cet instrument in-dis-pen-sable pour communiquer dans la même cour de récré, ait le bulbe confit.
Ce sont ces petits signes qui me laissent penser que  le monde occidental est en pleine décrépitude avancée. En attendant va falloir soigner les cancers du cerveau en plein boum. Mauvais, très mauvais pour l'assurance maladie tout ça.
Ouais j'en connais parmi vous qui n'ont pas pu/su résister : eh oui comment garder un vague lien avec cet adolescent fougueux épris de liberté : "allo téoula ? tufékoi ?" On se rassure comme on pneu... On peut aussi les laisser vivre leur vie comme nos parents nous ont "laissé" vivre la nôtre : à l'époque heureuse où il n'y avait pas encore de laisse électronique... oui c'est vrai on a fait des conneries, comme tout le monde d'ailleurs, mais partant du principe que l'expérience des uns ne sert jamais ou rarement aux autres, est-il alors nécessaire de leur offrir en plus de toutes nos préventions une cuisson high tech de leur cerveau en pleine formation ? 
L'avant-garde consumériste est quand même un grand pas de l'humanité. Comme ça nos petits chéris se sentent pleinement intégrés parmi les leurs et nous pleinement rassurés de pouvroir les sonner comme des laquais n'importe où, n'importe quand... Finalement c'est une version plus raffinée de la laisse d'enfant d'autrefois. 
Et puis à bien y regarder, le portable c'est un peu comme le peigne dans le maillot des années 80 : l'instrument distinctif du nouveau beauf. Et là faut reconnaître qu'on est légion ! D'ailleurs à propos de maillot, j'ai récemment vu des pubs pour des housses imperméables spéciales portable, probablement pour se baigner avec cet appendice flottant à nos côtés...  Après les accidents de la route pour cause de conversation urgente avec un mobile en main, désormais il va aussi falloir envisager la noyade du type qui a répondu au téléphone en nageant... Au moins si c'est l'annonce d'un licenciement, y'a pas d'indemnité à verser, encore un bon coup pour la croissance. Bon sang mais j'y pense :  la housse flottante, ce ne serait pas encore un bon coup du MEDEF ?!?
 
Avouez, c'est quand même "épastrouillant" les progrès de la technique, non ? Et en plus ça ne s'arrête jamais, vous vous en doutez bien... On peut faire mieux dans le pire.
 
Ainsi comme parfois on craint pour nos enfants, qu'en toute inconscience on les laisse baguenauder comme de pauvres chiens abandonnés et qu'on redoute pour eux d'éventuelles mauvaises rencontres, grâce à Geo-spotting, le rêve de tous les parents flippés du monde va enfin être comblé  !
Eh oui on va ENFIN savoir au quart de poil de cul près où se trouve très précisément notre progéniture. C'est-ti pas le rêve de la Liberté bafouée à l'aune du bonheur sécurisé avec serrure trois points ?!
Après demain on devrait même réussir à lire les pensées les plus secrètes de notre descendance, et puisque tout ceci est pour leur bien et pour combler nos angoisses parentales médiatiquement suralimentées...
En attendant de lire en eux à livre ouvert, soyons rassurés concernant leurs fréquentations BIG BROTHER is watching you... IL veille sur eux ! En fait quand George Orwell a écrit 1984, il s'est juste trompé de 24 ans !
Bon évidemmment si votre rebelle de 5 ans se fait la malle sans son ours en peluche, vous l'avez dans le dos. Mais à cet âge-là il est très improbable que votre choupinet oublie son doudou puisque c'est par définition le fameux objet transitionnel qui lui permet de se passer de papa et maman. Et puis parmi les nombreux avantages de Geo-spotting, vous pouvez aussi fliquer les déplacements de la nounou en compagnie de votre charmant chérubin... A moins que la nounou avertie promène tranquillement l'ours en peluche et laisse votre braillard à la maison ?!?
Ah oui les plus flippés d'entre nous trouveront de quoi calmer leurs angoisses insurmontables et répliqueront que comme ça, on peut immédiatement localiser un enfant qui se serait fait enlever. Et c'est vrai que j'ai parmi mes connaissances un nombre absolument incalculable de parents dont les enfants ont été kidnappés... Alors pour tous ceux-là, reconnaissons que c'est un progrès incontestable. Malheureusement ça ne ramène pas tous ces gamins disparus avant le pistage ou flicage permanent. Pour bien faire la puce RFID implantée sous la peau serait l'idéal ? Bon sang quel monde de daube...
Mais comme le fantasme ne s'arrête jamais en si bon chemin, vous pouvez aussi discrètement glisser le fameux geo-spotting dans le sac à main de votre chère et tendre dulcinée pour pister ses promenades et ensuite lui demander des comptes. Pour toutes les personnes maladivement jalouses, voilà de quoi  alimenter leur parano.
En fin de compte, tout ça c'est la traçabilité de la viande bovine à  l'échelle humaine. C'est général de Gaulle qui avait raison : "les Français sont dévôts".
 
Et sinon quoi de neuf au sarkoland ? Ben rien de bien réjouissant, c'est la morosité la plus morose jamais quotée sur l'échelle de Richter ni au CAC40, pourtant vu le niveau ça pourrait rapporter gros. Et c'est peu dire, les Français ne croient même plus que leur hyperprésident puisse changer quoi que ce soit pour eux en prenant la présidence de l'Europe. Sinistrose totale en ce début d'été.
Les smicards ont désaoulé vite fait cette semaine : pas de revalorisation du SMIC en juillet, pendant que l'inflation bat des records de longue date. Ah oui la gueule de bois n'a pas duré longtemps et pour bien vous faire rentrer dans le boyau de la tête que la contre-réforme est faite pour vous, malgré la réalité qui vous frappe de plein fouet, voilà qu'on va vous réexpliquer en long, en large et en travers grâce à des spots de propagande gouvernementale comment on fait tout ce qu'il faut pour votre pouvoir d'achat. Si avec tout ça, vous n'êtes pas convaincus... Pendant ce temps-là la croissance qui est de plus en plus libérée peut bien aller trouver ailleurs de la main d'oeuvre à bas coût.
Le spot commence comme ça : "Vous êtes impatients, nous aussi..." Vous voulez gagner plus ? Eh bien faites risette à votre Boss et quémandez quelques heures sup bande de traîne-la-patte, c'est ça le progrès social version ultralibérale dans le texte. Pour survivre et joindre les deux bouts il n'y a plus qu'une seule solution : bosser comme des damnés.
Décidément Général de Gaulle était visionnaire, nous sommes vraiment des veaux.
 
 

Le parti féministe ou le parti d'en rire ????

Par Tata Sophie, 19/06/2008 à 16:02
Catégorie : D-Bloc-notes
Lu cette semaine dans le Canard Enchaîné
 
Avant d'adopter à la quasi-unanimité, le 14 juin, sa "déclaration de principe", le PS a été secoué par des débats beaucoup moins consensuels. Le 11 juin au soir, une "commission de résolution" s'est interrrogée longuement autour d'un amendement déposé par 14 fédérations. Lesquelles voulaient rayer de la bible du PS la phrase suivante : "le parti est féministe." Hollande a soutenu cet amendement, avec une pointe d'ironie : "C'est vrai, pourquoi se déclarerait-on féministe alors que ce n'est pas vrai ?"
Stupeur du côté de Laurence Rossignol, secrétaire nationale chargée des droits de la femme : "Tu as raison, François... mais dans ce cas, enlevons également les qualificatifs "humaniste" et "fraternel" de notre déclaration de principe. Le parti n'est plus ni l'un ni l'autre."
Certains se demandent même s'il est encore socialiste...
 
ndlr : Apparemment Bertrand Delanoé assume quant à lui sa reconversion audacieuse au libéralisme. C'est probablement comme ça que la "révolution socialiste" autour des valeurs de gauche se met en marche : au pas de l'oie et sous l'effet d'un modernisme bobo ou du crétinisme qui traverse toutes les époques.  Bref une nouvelle façon de nous faire prendre des vessies pour des lanternes !
Eh oui je sais avec de tels débats, on n'a pas le cul sorti des ronces...

Les racines de la violence

Par Tata Sophie, 17/06/2008 à 15:42
Catégorie : D-Bloc-notes
"Le meilleur moyen d'avancer dans notre compréhension des racines de la violence est de retourner la question et de se demander d'abord comment la capacité d'aimer se développe". Michel Odent
 
Le proverbe africain dit aussi : "Il faut tout un village pour élever des enfants" !

Sobonfu Somé, précise :
"Il faudrait peut-être un village pour élever un enfant, mais c'est une communauté qu'il faut pour garder les parents sains d'esprit."

Eh oui aujourd'hui, avec quelques amies, nous étions en train de constater qu'éduquer des enfants est un art qui s'exerce au quotidien, que ce n'est pas facile tous les jours d'être parents, qu'on fait souvent au mieux avec notre propre éducation, notre milieu et notre culture. On se trompe parfois, on tatônne souvent mais on en tape jamais, enfin c'est notre choix.
Pas facile, surtout dans notre société si prompte à juger les parents, les éducateurs en général, à leur dire qu'ils ne font jamais ce qu'il faut, qu'autrefois on aurait mis une bonne taloche à ce sale mioche récalcitrant... Eh oui les experts partisans de l'agression physique envers les enfants ont toujours la côte.
Parfois la pression sociale est telle qu'une mère pète un plomb... et la claque tombe alors sur le coin du nez du gamin. Et vous remarquerez que c'est souvent à l'occasion de ces grandes sorties en caddie et au supermarché... Comme quoi les temples de la consommation sont nocifs pour les parents, les enfants et les relations familiales ! Et dire que Sarko veut nous en mettre à tous les carrefours, d'une pierre deux coups, on croit faire monter la conso et c'est la violence éducative ordinaire qui augmente... Les baignes vont tomber de plus en plus dru au pays des Droits de l'Homme. C'est comme ça, c'est dans l'ère du temps, la répression est devenue hyper tendance.
 
Pour ceux et celles qui doutent encore de la nocivité de la violence physique (tapes, claques, gifles et fessées) un petit livre passionnant sur le sujet : La fessée , 100 questions sur les châtiments corporels, d'Olivier Maurel.
Vous y apprendrez entre autre que tous les "grands" et probablement petits dictateurs ont été souvent maltraités dans leur enfance.
Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant qui est tapé :
        - Il apprend qu'être plus grand permet de taper sur un plus petit. Bref on lui enseigne la loi du plus fort, à devenir lâche et à s'en prendre à plus petit que lui.
        - Il apprend aussi à devenir sournois pour faire ses coups en douce, plutôt de dire qu'il a fait une bêtise et de chercher une solution pour la réparer. 
        - Il apprend enfin à devenir soumis et comme ça un jour face à une situation de danger où il doit se protéger en refusant ou fuyant ce qu'on lui propose, il n'ose pas et devient ainsi la victime désignée.
        Bref le résultat n'est pas à la hauteur de l'attente, elle soulage celui qui frappe sur le moment, mais ne donne rien de bon à la longue.
 
Parfois même certains parents disent eux-mêmes avoir pris des "bonnes fessées" et ne pas s'en porter plus mal. Est-ce si sûr ? Des études médicales ont montré que les adultes qui avaient été régulièrement tapés avaient plus de maladies (dépressions...) et d'accidents parfois graves parce qu'ils ne voyaient pas le danger arriver et ne savaient pas s'en protéger.
De là à vouloir trucider vos parents de vous avoir si mal éduqués, non pas la peine, ils ont fait comme nous la plupart du temps : de leur mieux, en pensant bien faire. 
 
Juste une petite citation avant de vous laisser en bonne compagnie : on appelle maltraitance le fait de taper un animal, agression le fait de taper un adulte, et éducation le fait de taper un enfant...
 
Voici à voir et à entendre la merveilleuse chanson de Linda Lemay "J'ai battu ma fille" :

Et une réponse pleine d'à propos d'Olivier Maurel à Claude Halmos, la psychanalyste concernant "la fessée comme moyen d'éducation" ...

Bonjour,

La psychanalyste Claude Halmos vient de donner au magazine Elle une interview où elle recommande aux parents la fessée comme moyen  d'éducation. Je lui ai répondu et j'ai pensé que ma réponse pourrait vous intéresser. Elle peut être largement diffusée...

Pour lire l'interview de Claude Halmos :
http://www.elle.fr/elle/societe/interviews/la-fessee-est-ce-si-grave

Madame,

Je suis un peu étonné de voir une grande spécialiste de l'enfance,  de la famille et de la relation telle que vous, faire l'apologie de la fessée.

Si je vous ai bien comprise, il ressort en effet de votre interview que la fessée est le meilleur moyen :
- de "montrer qu'on a des limites" et de "mettre des barrières" à
l'enfant ;
- de faire appréhender à l'enfant ce qu'est un autre être humain ;
- de montrer que l'on doit respecter l'être humain ;
- de le "tirer du côté de l'humain" ;
- de favoriser la construction de l'enfant.

J'avoue que je n'aurais pas pensé que donner des coups à un être beaucoup plus faible que soi et lui enseigner que le principe le plus basique de la morale : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux  pas qu'on te fasse" est une baliverne, pouvait avoir tant de résultats positifs pour "l'être humain" !

J'aurais plutôt cru que déculotter un enfant et le frapper sur les fesses revenait à franchir les limites de son intimité et risquait de lui faire perdre sa capacité naturelle de réaction contre quiconque toucherait cette partie de son corps dans un autre but que celui de  le "tirer du côté de l'humain" ! Mais je dois me tromper.

J'aurais plutôt cru que pour apprendre à un enfant ce qu'est un autre être humain, il fallait se conduire avec lui avec affection et respect et qu'il existe d'autres moyens d'être ferme que de cogner  sur ses fesses. Mais je dois me tromper.

J'aurais plutôt cru que le rôle d'une spécialiste de la relation est d'aider les parents à trouver d'autres moyens que les torgnoles (parce que quand les fessées sont recommandées, pourquoi pas les torgnoles ?) pour éduquer leurs enfants. Là encore, je dois me tromper.

J'aurais plutôt cru que pour apprendre aux enfants à "respecter l'être humain", il fallait commencer par les respecter eux-mêmes. Nouvelle erreur !

J'aurais plutôt cru que pour "favoriser la construction de l'enfant", il y avait mieux que cogner sur lui. Quelle naïveté !

J'aurais plutôt cru que dans un pays où beaucoup d'enfants meurent encore de maltraitance, il valait mieux éviter d'encourager les parents à recourir à la violence. Autre naïveté !

J'aurais plutôt cru que dans un monde où, dans beaucoup de pays, le moyen d'éducation normal est encore la bastonnade, et où la plupart des parents trouvent, comme vous le pensez vous-même, que frapper un enfant est un moyen indispensable pour l'éduquer, il valait mieux soutenir les efforts du Comité des droits de l'enfant, de toutes les institutions internationales et du Conseil de l'Europe pour interdire cette méthode d'éducation que vous jugez si humanisante. Mais c'est sûrement vous qui, avec votre savoir psychanalytique, avez raison !

Et comme je trouve que mon épouse franchit parfois certaines limites et ne respecte pas toujours suffisamment "l'être humain" que je suis, je pense que je vais me convertir à l'excellent moyen d'éducation que vous préconisez. Quand tous les maris et les conjoints auront, comme moi, adopté cette méthode, je pense que nous aurons grandement contribué à tirer les femmes "du côté de l'humain".

Merci, chère Madame, pour vos excellents conseils.

Olivier Maurel
Porte-parole de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO)
http://www.oveo.org

Euro-scepticisme

Par Tata Sophie, 16/06/2008 à 21:08
Catégorie : D-Bloc-notes

Ah qu'ils sont rétifs les peuples européens, ils ne comprennent pas que leurs gouvernants veulent leur bonheur contre eux-mêmes. C'est donc que les peuples sont bouchés à l'émeri et que les hommes d'Etat se coupent toujours un peu plus des citoyens. Manque de pédagogie ? Manque de courage politique ? Exercice du pouvoir ? 

Et voilà que la baffe est à nouveau tombée sur le coin du museau de l'Europe, elle est venue d'Irlande cette fois. Pour qu'un traité soit ratifié, il doit l'être à l'unanimité. Ca complique furieusement les choses tout de même vu le nombre grandissant de pays. Ingérable l'Europe ? D'où l'intérêt de ne pas trop demander aux bons peuples ce qu'ils pensent de l'avenir qu'on leur prépare, de l'ultralibéralisme, du capitalisme financier qui fiche un bon coup d'accélérateur au chaos mondialisé, de le hausse des prix un peu partout, de la pollution de la planète... Eh oui les peuples veulent autre chose pour demain, ils voient l'avenir en noir et il y a fort à parier qu'ils ont plutôt du pif sur ce coup-là. Marre des promesses qui n'engagent que ceux qui y croient, des mensonges qui servent à les asservir, assez qu'on leur fasse prendre des vessies pour des lanternes, à pétrole.

Quant à la planète, ma fois, elle va finir elle par nous trouver carrément insupportable nous les vieux occidentaux, et elle nous le fait savoir un peu plus chaque année, avec un printemps des plus pourris ici... Et oui la course contre la montre climatique est enclenchée. Si d'ici 2015 on ne change rien à nos mauvaises habitudes, modes de vie, de consommation, de transport et tout et tout, nous emmenons nos enfants droit dans le mur climatique : il faut diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 4. Rien de moins. Il y a du boulot et le virage est tout proche. Mais comme la ritournelle économique nous dit qu'il faut croître comme des grenouilles qui se prendraient pour des boeufs... Nous sommes à la croisée des chemins là, tout de suite, maintenant : où on pense à nos enfants ou à l'immédiat de nos porte-monnaie... Que croyez-vous que les politiques vont décider  ?  A long terme c'est l'absence de courage politique qui va nous coûter une vraie fortune. Mais ceux de maintenant s'en fichent, ils n'y seront plus à l'heure de rendre des comptes.

Une réflexion de Jacques Weber :

<<Une phrase qui me guide : "Nos gouvernants sont des dindons qui passent pour des aigles et font la roue comme des paons." Gustave Flaubert. Cette phrase me rappelle qu'en moi quelque chose hurle contre le fatalisme appliqué au monde actuel, et contre le sentiment de culpabilité qui naît de voir l'individu l'emporter parfois sur le citoyen. On est loin du commentaire, de la phrase policée consensuelle, du bla-bla obscène de la représentation politique. C'est un cri d'alarme contre notre somnolente citoyenneté, un tag vieux de plus d'un siècle, écrit par un érudit contre la barbarie de l'ignorance. Même s'il s'agit "d'un cri de vaincu", comme disait un critique de Flaubert, cette rage reste nécessaire.>>

Le déroulement d'un conseil municipal

Par Tata Sophie, 14/06/2008 à 11:21
Catégorie : Général

C'est fou tout ce qu'on peut trouver sur Internet... Voici une sorte de petit traité de l'élu. Finalement les variations sont assez réduites et toutes codifiées, c'est intéressant pour tous les nouveaux élus qui ne connaissent pas les textes de loi et donc le déroulement régulier d'un conseil municipal.

 LE DÉROULEMENT

 

1° - Présidence

Le maire préside le conseil municipal : c'est une de ses premières attributions. S'il est absent ou empêché, il est suppléé dans la présidence du conseil par les adjoints dans l'ordre des nominations, ou à défaut d'adjoints par un conseiller municipal désigné par ses collègues ou pris dans l'ordre du tableau. "Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président. Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion, mais il doit se retirer au moment du vote".

Délégations Le maire peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints, et en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints, ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal (loi du 27 février 2002, article 10-1).

 

Rappel du  Code Général des Collectivités Territoriales

Article L2121-14
    - Le conseil municipal est présidé par le maire et, à défaut, par celui qui le remplace.

Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président.

Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion ; mais il doit se retirer au moment du vote.

Article L2122-18

  • (Loi nº 2000-295 du 5 avril 2000 art. 9 Journal Officiel du 6 avril 2000)
  • (Loi nº 2002-276 du 27 février 2002 art. 10 I Journal Officiel du 28 février 2002)
  • (Loi nº 2003-327 du 11 avril 2003 art. 16 Journal Officiel du 12 avril 2003)
  • (Loi nº 2004-809 du 13 août 2004 art. 143 Journal Officiel du 17 août 2004)

Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation à des membres du conseil municipal.

Le membre du conseil municipal ayant démissionné de la fonction de maire en application des articles LO 141 du code électoral, L. 3122-3 ou L. 4133-3 du présent code ne peut recevoir de délégation jusqu'au terme de son mandat de conseiller municipal ou jusqu'à la cessation du mandat ou de la fonction l'ayant placé en situation d'incompatibilité.

Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions.


2° - L'ouverture des séances du conseil municipal 

L'appel nominal des conseillers municipaux : le maire procède à l'appel nominal des conseillers municipaux pour noter les présents, les excusés et ceux qui ont reçu délégation de vote.

Le quorum : il est vérifié au moment de l'appel nominal. C'est le nombre de membres du conseil municipal en exercice qui doivent être présents à la séance pour que le conseil puisse valablement délibérer (Art L2121 - 17 CGCT) Pour déterminer le quorum, seuls comptent les conseillers effectivement et physiquement présents à la séance. les conseillers municipaux absents représentés par un mandataire ne comptent pas pour le calcul du quorum. Le quorum est atteint si le nombre de conseillers en exercice présents à la séance est supérieur à la moitié du nombre des membres en exercice du conseil muncipal. Donc la moitié + 1.

Les conseillers en exercice quxquels une disposition interdit de prendre part au vote ou leur enjoint de se retirer au moment de certaines délibérations, ne doivent pas être pris en comtpe. C'est le cas du marie lors du vote du compte adminsitratif ou pour les conseillers intéressés à l'affaire. (Art L2121 - 11 CGCT)

L'adoption du procès-verbal de la séance précédente

Il est d'usage de commencer une séance du conseil par la lecture, la mise aux voix et à la signature de la séance précédente. Lors de cette lecture, tout conseiller peut en réclamer la rectification lorsqu'il y découvre une inexactitude.

 

3° - Secrétariat de séance

Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire. Cette désignation est la première question soumise à l'ordre du jour. C'est au conseil municipal et non au maire qu'il appartient de désigner le secrétaire de séance.   Le rôle du secrétaire de séance est donc de rédiger les procès-verbaux qui ont pour objet de relater fidèlement le contenu du déroulement de la séance du conseil municipal. Il faut d'ailleurs noter que les conseils municipaux sont maîtres de la rédaction de leurs procès-verbaux. La mention des interventions des conseillers municipaux au cours de la séance n'est imposée par aucune disposition législative ou réglementaire. Il est toutefois recommandé d'inclure dans la rédaction des procès-verbaux l'analyse des opinions exprimées par les intervenants afin que ces documents puissent pleinement servir à l'information du public. Le conseil municipal peut également adjoindre à ce secrétaire de séance, des auxiliaires, choisis hors des membres du conseil municipal : il s'agit le plus souvent du secrétaire de mairie. Le secrétaire auxiliaire assiste aux délibérations sans y participer, son rôle se limite à aider le secrétaire de séance et à noter les éléments nécessaires à la rédaction du procès-verbal.

 

Rappel du  code général des collectivités territoriales

Article L2121-15
    - Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire.
   Il peut adjoindre à ce ou ces secrétaires des auxiliaires, pris en dehors de ses membres, qui assistent aux séances mais sans participer aux délibérations.

 

4° - Ordre du jour

Le maire ne peut donner une suite favorable à la demande d'examen d'une affaire présentée en cours de séance par un conseiller municipal. La demande d'inscription d'une affaire à l'ordre du jour doit donc être adressée au maire avant l'envoi des convocations.
Le maire, qui est maître de l'ordre du jour, apprécie l'opportunité de l'inscription de l'affaire souhaitée par le conseiller. Un refus de sa part doit être motivé et peut faire l'objet d'un recours devant le tribunal administratif. En revanche, les propositions d'amendement à un projet de délibération relèvent du droit d'expression qui appartient à tout membre d'une assemblée délibérante. Elles peuvent donc être présentées en cours de séance. "Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal. Dans les communes de moins de 3 500 habitants, pour lesquelles l'établissement d'un règlement intérieur est facultatif, les conditions de traitement des questions orales doivent faire l'objet d'une délibération. Les questions orales n'ont pas pour objet d'obtenir une décision sur les affaires évoquées et ne peuvent donc donner lieu à un vote de l'assemblée.

 

Rappel du  code général des collectivités territoriales

Article L2121-19
    - Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal.

 

5° - Mode de scrutin

Le conseil municipal peut voter selon trois modes de scrutin :

  • Le scrutin ordinaire : par assis et levé ou à main levée. La délibération est adoptée dès lors que le maire constate l'assentiment de la totalité ou de la majorité des conseillers qui prennent part au vote.
  • Le scrutin public : il a lieu sur la demande du quart des membres présents. Dans ce cas, le registre des délibérations comporte le nom des votants et l'indication du sens de leur vote.
  • Le scrutin secret : ce mode de scrutin est de droit toutes les fois que le tiers des membres présents le réclame ou lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation.

Rappel du  code général des collectivités territoriales

Article L2121-21
(Loi nº 2004-809 du 13 août 2004 art. 142 I Journal Officiel du 17 août 2004)

- Le vote a lieu au scrutin public à la demande du quart des membres présents. Le registre des délibérations comporte le nom des votants et l'indication du sens de leur vote.
   Il est voté au scrutin secret :
   1º Soit lorsqu'un tiers des membres présents le réclame ;
   2º Soit lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation.
   Dans ces derniers cas, si aucun des candidats n'a obtenu la majorité absolue après deux tours de scrutin secret, il est procédé à un troisième tour de scrutin et l'élection a lieu à la majorité relative ; à égalité de voix, l'élection est acquise au plus âgé.
   Le conseil municipal peut décider, à l'unanimité, de ne pas procéder au scrutin secret aux nominations ou aux présentations, sauf disposition législative ou réglementaire prévoyant expressément ce mode de scrutin.

 

6° - Les délibérations

Celles-ci sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés, soit la moitié plus une voix. Les suffrages exprimés comprennent les votes favorables et défavorables manifestés par les conseillers présents, en leur nom personnel et au nom de leur collègues qui ont donné une procuration (un même conseiller ne peut être porteur que d'un seul pouvoir qui, sauf cas de maladie, dûment constaté, ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives). Les conseillers municipaux qui s'abstiennent, qui votent blanc ou qui se retirent avant le vote ne sont pas pris en compte dans le calcul des suffrages exprimés. En cas de partage égal des voix, la voix du président est prépondérante lors des scrutins ordinaires et des scrutins publics (article 2121-20 du CGCT). En cas de scrutin secret, le président ne peut user de sa voix prépondérante et s'il y a partage égal des voix, la proposition n'est pas adoptée, la majorité absolue n'étant pas acquise. La seule dérogation à cette règle concerne l'adoption du compte administratif du maire : le compte administratif est arrêté dès lors qu'il n'a pas été rejeté à la majorité des suffrages exprimés (article L 1612-12 du CGCT). Ce principe s'applique que le scrutin soit public ou secret.

 

Rappel du  code général des collectivités territoriales

Article L2121-20
- Un conseiller municipal empêché d'assister à une séance peut donner à un collègue de son choix pouvoir écrit de voter en son nom. Un même conseiller municipal ne peut être porteur que d'un seul pouvoir. Le pouvoir est toujours révocable. Sauf cas de maladie dûment constatée, il ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives.
   Les délibérations sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés.
   Lorsqu'il y a partage égal des voix et sauf cas de scrutin secret, la voix du président est prépondérante.

Article L1612-12

  • (Loi nº 98-546 du 2 juillet 1998 art. 109 Journal Officiel du 3 juillet 1998)
  • (Loi nº 2000-1352 du 30 décembre 2000 art. 41 Journal Officiel du 31 décembre 2000)
  • (Loi nº 2003-1311 du 30 décembre 2003 art. 49 V 2º finances pour 2004 Journal Officiel du 31 décembre 2003)

    - L'arrêté des comptes de la collectivité territoriale est constitué par le vote de l'organe délibérant sur le compte administratif présenté selon le cas par le maire, le président du conseil général ou le président du conseil régional après transmission, au plus tard le 1er juin de l'année suivant l'exercice, du compte de gestion établi par le comptable de la collectivité territoriale. Le vote de l'organe délibérant arrêtant les comptes doit intervenir au plus tard le 30 juin de l'année suivant l'exercice.
   Le compte administratif est arrêté si une majorité des voix ne s'est pas dégagée contre son adoption.
   Lorsque le compte administratif fait l'objet d'un rejet par l'assemblée délibérante, le projet de compte administratif joint à la délibération de rejet tel que présenté selon le cas par le maire, le président du conseil général ou le président du conseil régional, s'il est conforme au compte de gestion établi par le comptable, après avis rendu sous un mois par la chambre régionale des comptes, saisie sans délai par le représentant de l'Etat, est substitué au compte administratif pour la mise en oeuvre des dispositions prévues aux articles L. 1424-35, L. 2531-13 et L. 4434-9 et pour la liquidation des attributions au titre du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée prévue à l'article L. 1615-6.

 

7° - Les commissions municipales

Le conseil municipal peut former au cours de chaque séance, des commissions chargées d'étudier les questions soumises au conseil soit par l'administration, soit à l'initiative d'un de ses membres. Les commissions municipales sont composées exclusivement de conseillers municipaux désignés par l'assemblée communale. Le maire est président de droit de toutes les commissions. Il peut déléguer cette fonction à des adjoints et se faire ainsi représenter. Le rôle des commissions est limité à l'étude des affaires et à la préparation des dossiers qui doivent être soumis au conseil municipal pour délibération. Elles ne peuvent en aucun cas prendre une décision car celle-ci appartient au conseil municipal. Contrairement aux séances du conseil municipal, les réunions de travail des commissions ne sont pas publiques.

 

Rappel du  code général des collectivités territoriales

Article L2121-22
    - Le conseil municipal peut former, au cours de chaque séance, des commissions chargées d'étudier les questions soumises au conseil soit par l'administration, soit à l'initiative d'un de ses membres.
    - Elles sont convoquées par le maire, qui en est le président de droit, dans les huit jours qui suivent leur nomination, ou à plus bref délai sur la demande de la majorité des membres qui les composent. Dans cette première réunion, les commissions désignent un vice-président qui peut les convoquer et les présider si le maire est absent ou empêché.
     - Dans les communes de plus de 3 500 habitants, la composition des différentes commissions, y compris les commissions d'appel d'offres et les bureaux d'adjudications, doit respecter le principe de la représentation proportionnelle pour permettre l'expression pluraliste des élus au sein de l'assemblée communale
 

 

 

La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne

Par Tata Sophie, 13/06/2008 à 16:14
Catégorie : Général
Voici un document assez long qui ne manquera pas je pense d'éveiller ou de réveiller quelques consciences...
 

LA BRUTALISATION DU CORPS FEMININ DANS LA MEDECINE MODERNE

 de Marc Girard
consultant et expert près la Cour d'appel de
Versailles (Médicament et recherche biomédicale)

Avis à toutes celles qui se sont senties bafouées dans leur corps...

 I. Un univers inversé

Quand je pense à la médicalisation du corps féminin, je suis frappé par quelque chose de sinistre : tout cela s'est constitué comme un inquiétant univers inversé, comme une sorte de monde à l'envers effrayant où les impulsions les plus élémentaires et les moins contestables de notre nature sexuée sont comme systématiquement mises hors jeu, remplacées qu'elles se trouvent par des rituels caricaturalement antagonistes : facilement objectivable par le spécialiste de recherche clinique, c'est bien cette dimension de caricature, de trop, qui ne laisse pas de préoccuper et d'exhorter le freudien à l'interprétation. Prenons le jeu pourtant élémentaire du regard et de la pudeur : l'homme – il est construit comme cela – cherche toujours à en voir plus que la femme n'est disposée à lui montrer, et la séduction est d'abord la conquête par le regard d'une intimité progressivement dévoilée. Même sans y avoir été invité par une jupe trop fendue ou un décolleté un peu profond, l'homme – certes à ses risques et périls – s'ingénie à reconstituer l'anatomie féminine fût-elle dissimulée par la plus grossière des étoffes. C'est comme cela, probablement un peu partout, sauf en terre médicale : la pudeur et la séduction n'ont plus aucune raison d'être dès qu'on franchit les limites d'un service de gynécologie. Aux consultations du Planning familial, la plus splendide des gamines était requise de se déshabiller complètement dans une cabine, d'attendre la lumière verte et de se présenter entièrement nue, durant toute la consultation, devant un individu en blouse blanche généralement parfaitement inconnu et interchangeable d'une consultation sur l'autre. Il fallait donc en passer par là, par cette stupéfiante mise en scène du désir évacué, pour obtenir le sésame d'une sexualité « libérée ». Or, quelle justification technique pour ce rituel dégradant ? Aucune : l'intérêt de la consultation préalable avant prescription de pilule est tellement problématique que l'on a envisagé un temps de la supprimer et, en tout état de cause, les paramètres pertinents en matière de contre-indications relèvent plus de mesures chastes (prise de poids ou de pression artérielle) ou d'examens complémentaires (prise de sang) que d'évaluations fondées sur un attentat à la pudeur.

Autre exemple de pulsion élémentaire : la possessivité mâle. Chez les mammifères en général, et les hommes en particulier, l'adrénaline monte très vite quand un mâle voit un autre mâle s'approcher d'une femelle sur laquelle – à tort ou à raison – il estime disposer de certaines prérogatives. Ça a toujours été comme cela – ça sous-tend même une bonne part des théories de Darwin –, sauf à l'hôpital. Entrez dans une salle d'accouchement. Le mari est là (c'est un acquis paraît-il précieux de l'obstétrique moderne), on lui a même fait revêtir la tunique blanche des agresseurs. Sa femme est là, elle aussi, entièrement nue encore une fois et tout le monde l'agresse : on la force à rester allongée quand aucune femme n'aurait jamais spontanément l'idée incongrue de s'allonger pour accoucher, de toute façon on a pris soin de l'attacher dans l'improbable cas où elle voudrait bouger, on lui rase les poils de la vulve, on l'engueule si elle se plaint trop (accouchement « sans douleur » oblige) et on va finir par lui taillader la vulve. Et dans cette séquence d'une sauvagerie inouïe, que fait le mari ? Il se pâme d'émotion, se confond en remerciements à l'égard des brutes qui s'acharnent sur son épouse, sans apercevoir que de tels actes de barbarie sur une femme innocente justifieraient un meurtre dans n'importe quelle autre circonstance. Or, quelle justification technique, là encore ? Aucune : les rares investigations disponibles confirment l'idée de bon sens que l'accouchement en position accroupie est infiniment plus eutocique que l'accouchement en décubitus, et je reviendrai plus loin sur la monstrueuse absurdité de l'épisiotomie. De plus, et tout en attendant avec beaucoup d'impatience la ou les études qui démontreront l'intérêt du rasage vulvaire, réfléchissons de façon un peu rationnelle à cette obsession de l'asepsie en obstétrique. Juste avant la naissance, un nouveau-né se présente comme un être absolument vierge bactériologiquement, à ce titre extrêmement vulnérable à toute contamination microbienne ; dans cette situation exceptionnelle, la filière vaginale – quoique objectivement grouillante – n'est pas cette zone plus ou moins accréditée comme immonde par des décennies de médecine et de microbiologie, mais une voie de passage providentielle au travers de laquelle le corps du bébé va se voir massivement colonisé par ce qu'on peut concevoir de plus « ami » en matière d'interactions bactériennes – les germes de sa mère ; on peut admettre sans grand effort qu'en matière d'amitiés microbiennes bilatérales, les germes du père, ensuite, méritent une inscription de second rang – et que de toute façon, qu'elles soient maternelles ou paternelles, les inévitables potentialités pathogènes liées à toute cette circulation bactérienne ou mycosique seront contrôlées au mieux par tous les transferts immunologiques inhérents à l'allaitement naturel. Or, c'est précisément cette dynamique subtile d'écologie microbienne que le cérémonial obstétrical s'applique à réduire à néant, en contrariant – par des mesures censément « hygiéniques » dont l'intérêt n'a jamais été si peu que ce soit validé – les colonisations amies et en maximisant l'exposition du bébé à des germes d'origine hospitalière. Certes, il n'existe pas, à ma connaissance, d'étude épidémiologique démontrant que le risque d'infection néo-natale soit réduit par un accouchement non hospitalier , mais il semble clair que, dépourvu du moindre intérêt technique documenté, le cérémonial obstétrical classique maximise ce qui reste, pour une grossesse d'évolution normale (il y en a encore…), le risque numéro un de la période néo-natale : l'infection.On voit, sur la base de ces deux exemples, qu'il s'agit bien de ritualisations perverses et non pas de procédures garanties par l'exigence hippocratique de chasteté dans la relation thérapeutique : il n'y a rien de chaste dans le fait de forcer une jeune femme, éventuellement vierge, à se présenter entièrement nue, surtout lorsqu'il est patent que cette humiliation ne correspond à aucune contrainte technique. A titre de contre-exemple évocateur, on citera le cérémonial de la cure freudienne dans lequel l'intimité dévoilée (mais progressivement !) n'est même pas incompatible avec la circulation du désir via transfert et contre-transfert, puisque ce désir est, lui, authentiquement contraint par une exigence de chasteté dont la justification technique va de soi.

II. Une inversion à sens unique

Cette propension de la médecine à mettre en oeuvre, sans le moindre motif technique, des rituels d'inversion qui bafouent la dignité sexuelle de la femme est d'autant plus frappante que symétriquement, les médecins sont le plus souvent aux abonnés absents quand leurs savoirs les mettraient en position de réintégrer, ou de renforcer les individus dans leur intégrité sexuelle. Deux exemples là encore.

-- Il existe, à l'heure actuelle et chez des milliers de jeunes femmes, une immense misère sexuelle dont on parle étonnamment peu, à savoir celle liée aux mycoses génitales récurrentes. Sur cette question, la doxa médicale me paraît là encore marquée par une préoccupante irrationalité. Je ne connais aucune étude sérieuse validant la thèse du « foyer digestif » (qui a été cependant la providence des marchands d'antimycosiques per os) et, elle non plus validée par aucune étude, la recommandation de traiter le partenaire défie la raison : par rapport à un désordre patent de l'écologie des germes commensaux, ça rime à quoi de prendre le risque que les levures avec lesquelles l'homme viendra nécessairement recontaminer sa partenaire aient éventuellement acquis des résistances aux anti-fongiques ?… En revanche, nous savons que la cause actuellement la mieux identifiée de déséquilibre écologique pour la flore vaginale est bel et bien la pilule, et l'expérience suggère que l'éradication de cette cause se traduit le plus souvent par des guérisons spectaculaires : mais même à notre époque de « libération » supposée, les jeunes femmes, apparemment, n'ont pas droit à une information claire quant aux inconvénients iatrogènes de la contraception orale sur leur équilibre sexuel .

-- L'autre exemple concerne cette misère encore plus pathétique des jeunes mères, innombrables elles aussi, qui ne parviennent pas à allaiter leur enfant faute de produire du lait en suffisance. Il suffit de feuilleter les manuels de périnatologie pour apercevoir, de par la variété des remèdes proposés (la bière…), la fréquence et la régularité d'un problème dont on sait comme il peut être vécu par les intéressées avec angoisse, humiliation et désespoir. Or, alors que tout le monde sait que l'ocytocine est l'hormone-clé de la montée laiteuse, personne ne semble s'être avisé que l'orgasme en est le moyen de libération le plus sûr et le moins cher. Vous me direz, évidemment, à six tétées par jour, le pré-requis orgasmique risque de se révéler éprouvant : mais outre que cela reste à voir et que c'est une question de choix personnel, l'expérience suggère qu'il n'en faut pas autant pour rassurer la jeune femme et l'ancrer dans le sentiment de sa suffisance comme mère nourricière. En tout état de cause, c'est aussi un moyen plus facétieux et moins humiliant que le rituel de la salle d'accouchement pour associer le père à la cogestion du post-partum…

Cette agression ritualisée de la dignité physique et sexuelle de la femme n'est qu'une mise en actes d'un état d'esprit bien plus général et profond qui conduit à nier tant la perplexité de l'homme devant la féminité que son inépuisable fascination pour l'esthétique du corps féminin.

III. Une presqu'île insipide

Par opposition à la perplexité avouée de Freud pour le fameux « continent noir », on pourrait dire que dans l'axiologie médicale classique, la féminité c'est au mieux un village de plaisance – ou une presqu'île insipide. La médecine, en effet, n'est jamais en panne de réponse quand il s'agit de délimiter les territoires du féminin. Comme moi, sans doute, vous avez appris qu'en cas de dysgénésie gonadique à la naissance, il était plus facile d'envisager la reconstruction chirurgicale d'un femme que celle d'un homme : mais quoi de « féminin » dans la reconstruction finale ?…En tout état de cause, dans les grimoires médicaux, l'équation du féminin est le plus souvent du premier degré – et sans inconnue. S'interroge-t-on – ce qu'on ne fait pas assez souvent – quant aux effets de la contraception orale sur la libido féminine que l'on se voit répondre que chez la femme, l'essentiel se passe dans la tête : c'est d'ailleurs vrai que quand on s'applique à obtenir par des moyens hormonaux symétriques le même type de contraception chez l'homme, les vomissements incoercibles ou les troubles de l'érection sont des stigmates plus voyants du pouvoir des glandes sur la sexualité humaine… Quoi qu'il en soit et nonobstant cette concession au symbolique finalement assez exceptionnelle en médecine, la femme de 50 ans et plus redevient une femelle purement oestrogénodépendante quand il s'agit de justifier un traitement hormonal de substitution (d'ailleurs contre l'évidence cumulée des investigations cliniques ou épidémiologiques.) Tout dans la tête avant 50 ans, tout dans les ovaires après…

Chez les jeunes femmes de toute façon, cette primauté du symbolique, pour avantageuse qu'elle soit quand il convient de nier les effets iatrogènes d'une authentique castration chimique, s'efface absolument lorsqu'on en arrive à une autre équation du féminin où il semble cette fois aller de soi que les paramètres du psychisme doivent être mis hors jeu : je veux parler de la fécondité et des problèmes de l'infertilité. Pas de doute, à présent : tout est dans les glandes et c'est bien à la substitution de leurs défaillances élémentaires que s'attachent – pour un coût financier exorbitant soit dit en passant – les innombrables procédures de procréation artificielle. Or, qu'est-ce les heureuses élues vont se voir offrir en échange de leurs coïts programmés dans l'horreur d'une médicalisation absolue, généralement étalée sur des années ? Outre des effets iatrogènes assez préoccupants, voire potentiellement fatals, des résultats d'efficacité problématiques dont on ne peut pas dire qu'ils aient fait l'objet de validations très rigoureuses ; une récente méta-analyse montre que, sur les essais cliniques publiés – càd au top de la pratique en la matière – moins de 10% des études expriment leurs résultats en termes de naissance viable, paramètre d'évaluation dont on aurait pu penser, pourtant, qu'il s'impose comme le seul pertinent. De recoupement en recoupement sur ces données tronquées, on en arrive à reconstituer un taux de réussite d'environ 25% des cas, ce qui doit correspondre au pourcentage notoirement reconnu depuis l'antiquité au moins pour une naissance spontanée dans une population de femmes réputées plus ou moins « stériles »… Je n'ai pas su si je devais rire ou pleurer quand une femme tombée enceinte environ six mois après que je l'avais arrachée à des années de médicalisation forcenée pour « stérilité » m'a confiée sa lassitude d'être encore obligée de prendre la pilule plus de 10 ans après, et sa colère de s'être récemment fait jeter pas sa gynécologue qui a jugé, dans un accès inhabituel de modération, qu'on devrait attendre encore avant d'envisager une ligature des trompes à 48 ans …

IV. Un martyrologe constamment renouvelé

Tout cela serait plaisant si ce n'était tragique. Car cette conception simplissime de la féminité sous-tend, par son arrogance et le manque de scrupules résultant, une véritable martyrologie des femmes : la médecine moderne n'a jamais eu peur de faire souffrir le corps féminin, voire de le mutiler, ou de le tuer.

Nous savons, parce que cela a été démontré, que voici encore relativement peu à l'échelle de l'histoire moderne, la mortalité iatrogène des accouchées était sans commune mesure avec celle des femmes échappant à tout contrôle médical. Mais mon propos ne concerne pas que le passé : pour stupéfiante qu'elle soit, la durabilité du mépris ou de la haine pour la vulve féminine est attestée aujourd'hui encore par l'incroyable persistance d'une pratique que, lors d'un récent débat dans les colonnes du Lancet, nous sommes quelques-uns à avoir qualifiée de « barbare » – je veux parler de l'épisiotomie. Interrogez n'importe quel obstétricien, n'importe quelle sage-femme, on vous répondra que la chose n'est jamais opérée qu'avec le plus grand discernement et que, de toute façon, la procédure est remarquablement bénigne et indolore. Interrogez les chiffres, à présent, et vous verrez que ledit discernement conduit à taillader environ 95% des accouchées, tout portant à croire que celles qui en réchappent ont eu le bon goût d'accoucher assez vite pour qu'on n'ait pas le temps de sortir les ciseaux. Interrogez la méthodologie de la recherche pharmaceutique : vous verrez que cette procédure réputée si indolore est l'un des modèles le mieux établis pour les essais cliniques sur les antalgiques. Interrogez l'évidence cumulée de dizaines d'essais sur l'efficacité d'une procédure aussi incroyablement brutale : vous apprendrez qu'en moyenne, les déchirures périnéales après épisiotomie sont plus graves et plus délabrantes que celles qui surviennent spontanément. Interrogez, enfin, les femmes dans leur intimité : vous verrez que le nombre de celles qui n'osent se plaindre de séquelles durables, notamment dans leur vie sexuelle, n'est pas négligeable .

Les exemples pourraient être multipliés. Car, même si la médecine n'a jamais pu envisager l'équation du féminin sous forme autre qu'élémentaire, elle est néanmoins passée maître dans les techniques de simplification : il est considéré comme acquis en effet que tout ce qui pose problème dans l'anatomo-physiologie du corps féminin peut être éliminé sans autre forme de procès. Il en va ainsi, on l'a vu, de la subtile machinerie encore mal comprise du cycle hormonal, même si le prix à payer – outre une qualité de vie problématique – va des effets cutanés plus ou moins graves ou voyants aux cancers du sein en passant par les accidents cardio-vasculaires : une récente étude a estimé à quelque 430 par ans le nombre de jeunes Américaines redevables à leur contraception orale d'une hémorragie sous-arachnoïdienne, chiffre considérable eu égard au fait que ces hémorragies méningées ne sont quand même pas la complication la plus fréquente ni la mieux documentée de la pilule. En tout état de cause, qu'il s'agisse du col ou du corps utérin, des ovaires, des trompes, des seins, de la thyroïde, des plaques de cellulite ou, bien entendu, des poils vulvaires, il n'est pas une partie du corps féminin qui soit réputée irremplaçable. Que dire des tonnes de seins qui sont partis à la poubelle sur la base d'une mammographie mal lue dans un contexte, de toute façon, où nous sommes toujours dans l'attente d'une démonstration convaincante de l'intérêt de cette procédure radiographique douloureuse et incertaine que l'on s'acharne néanmoins à accréditer comme providentielle dans une idéologie du « prophylactiquement correct » ? Que dire encore de ce prophylactiquement correct qui a conduit, depuis des dizaines d'années, des millions de femmes ménopausées à ingurgiter, sur des arguments de pure complaisance, des oestrogènes de substitution quand il apparaît des premiers essais cliniques enfin mis en place que les effets effectivement observés en pratique sont strictement antagonistes avec ceux qui ont sous-tendu la promotion de ces traitements .

V. Réponse à tout

Ce qui ressort de ce bref inventaire, c'est aussi que la brutalisation, voire le martyr du corps féminin ne peuvent être imputés aux excès d'une technicisation désexuante qui s'appliquerait identiquement à l'homme : pour envisager une orchidectomie même chez un homme très âgé, on y regarde de plus près que pour « la totale » chez une femme passée la quarantaine alors même que se posent, chez la seconde, des problèmes de statique pelvienne qui n'ont aucun équivalent chez le premier. Que la médecine occidentale soit brutale, excessivement brutale ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais mon propos de ce jour ne vise pas cette brutalité séculaire : il pointe un excès de brutalité qui touche spécifiquement la femme. Dans la pratique médicale, le corps féminin fait l'objet d'un excès d'attention, car c'est bien dans tous les domaines de la féminité et à chaque étape de la vie que la médecine s'interpose – et qu'elle a réponse à tout. Depuis au moins la pré-adolescence jusqu'à la post-ménopause, les femmes sont l'objet d'une surveillance toute spécifique, et les remèdes qu'on leur propose font frémir le spécialiste de iatrogénie : les hormones de croissance à la moindre alerte sur la puberté (qu'elle soit présumée précoce ou tardive), les progestatifs aux premiers troubles des règles, la pilule le plus tôt possible à titre de précaution tous azimuts – par exemple pour accompagner une prescription d'anti-acnéique ! –, les FIV aux premiers symptômes d'une subfertilité initialement supposée mais durablement consolidée ensuite par une médicalisation délirante, les échographies multipliées dès les premiers jour de grossesse, l'épisiotomie assurée pour l'accouchement et les césariennes à tire-larigot pour un oui pour un non, le stérilet ensuite, puis les hormones de substitution dont quelques malins commençaient même à nous expliquer l'intérêt dès la quarantaine via la subtile innovation nosographique de la « pré-ménopause », etc. Quoi de comparable chez l'homme ?

Mais cet excès d'attention qui a réponse à tout à chaque étape de la vie – c'est une attention de réduction, de dénégation et plus encore, de dégradation : les poils intimes ne sont plus qu'une broussaille nauséabonde source de toutes les contaminations potentielles, la vulve n'est qu'un étranglement inopportun, l'utérus une source évitable d'emmerdements, les ovaires des glandes facilement substituables, les seins des morceaux de barbaque sans intérêt vital. Dans l'idéal du corps ainsi rectifié par la médecine, qu'est-ce qui reste de féminin ? J'ai introduit mon propos en évoquant un monde inversé…

VI. Récupération

Il arrive néanmoins que l'évidence – au sens des anglo-saxons – finisse par faire entendre sa voix dans un tel délire. C'est ce qui s'est passé, par exemple, pour l'allaitement maternel, dont plus personne ne conteste sérieusement les vertus. Mais après l'énorme essai d'y substituer un allaitement artificiel dans les années 50, la médecine n'a fait aucun effort sérieux d'autocritique – ni pour identifier rétrospectivement les sirènes qui avaient pu conduire une profession entière à engager les mères sur la voie d'un artifice aussi dommageable, ni pour évaluer sérieusement les conséquences sanitaires de l'allaitement artificiel sur toute une génération : aujourd'hui, l'allaitement « maternel » – ne dites jamais : « naturel » – et bel et bien conçu comme une victoire de la médecine moderne – une victoire sur des pratiques anciennes dont on a oublié le déterminisme exact mais où il est tenu comme allant de soi que l'obscurantisme féminin a dû finalement s'effacer devant la rationalité médicale.

Il en va de même avec les mammectomies, heureusement en voie de régression. Loin d'esquisser un mouvement de repentance et de reconnaître qu'en matière de cancer du sein, la médecine a fait plus ou moins n'importe quoi, les gynécologues, la main dans la main avec les radiologues et les cancérologues, tendent à accréditer comme un miracle de la médecine moderne qu'on trouve encore des femmes de la quarantaine avec des nichons intacts ! Mais à une condition, évidemment : qu'elles fassent allégeance à une médicalisation qui leur impose le rituel pénible et techniquement non validé de la mammographie, pour ne point parler, chez certaines, du tamoxifène qui, outre une prise de poids conséquente, les bouffées de chaleur et des métrorragies incontrôlables, remplace le risque – minime – d'un cancer controlatéral par celui d'un accident vasculaire cérébral… Bah ! C'est quoi la tête, chez une femme ?…Ainsi, lorsque le féminin revient au galop après que les médecins ont cherché à l'éliminer, ce n'est pas pour repérer les limites de la brutalisation, mais au contraire pour accréditer une récupération et célébrer le triomphe de la médicalisation.

VII. L'immonde féminin

Soit donc le livre légèrement daté d'un éminent académicien qui s'intitule : Hygiène et maladies de la femme. On n'aurait aucune peine à documenter, sur d'innombrables écrits équivalents, cette obsession de la médecine à l'égard de l'hygiène féminine. Mais ça viendrait à l'esprit de qui d'écrire un livre : Hygiène et maladies de l'homme ?…

Il faut donc comprendre que c'est parce qu'elles sont potentiellement dégoûtantes que les femmes ont besoin d'une telle attention médicale : la médecine comme barrière à l'immonde féminin…Nous touchons-là un des thèmes de recherche sur lequel je souhaitais attirer votre attention. A n'en pas douter, l'antagonisme homme/femme est antérieur à la naissance de la médecine moderne : mais il revient à cette médecine d'avoir déplacé les racines de l'antagonisme d'une angoisse fondamentale – la peur viscérale de l'homme à l'égard des puissances supposées du féminin – à un simple dégoût rationalisé sur la base d'un supposé savoir quant à la physiopathologie des femmes.

Face à ce corps bâti en reliefs et en creux comme pour la prise et l'emprise, l'homme, probablement depuis la nuit des temps, se trouve cisaillé par une double angoisse : rater l'abordage, certes, mais également laisser inassouvi ce creux par essence inépuisable. Car lorsque l'homme ne peut plus, la femme peut encore – il lui suffit de vouloir… C'est bien cette angoisse fondamentale – au coeur du Sacré – qui se trouve désamorcée par les pseudo-savoirs de la médecine : l'homme a raison non d'avoir peur, mais de se méfier, car on ne sait jamais quelles saletés on va trouver au fond de ce trou-là, et il n'y a rien d'inépuisable, d'autre part, dans ce corps féminin qu'il est tellement facile de pénétrer par spéculum interposé ou de démonter par morceaux…

VIII. Déculturation

J'en viens à la deuxième hypothèse que je voulais évoquer devant vous, qui touche à l'origine historique de ce déplacement. Historiquement, il est possible de corréler cette « prise en main » du corps féminin avec les premiers essais de médicalisation de l'accouchement, lorsque les chirurgiens commencent à s'immiscer. C'est l'époque qui introduit à l'idée de sages-femmes accréditées par l'autorité conjointe du Roi et du curé local. C'est aussi l'époque où l'on voit paraître, sous la plume des chirurgiens en question, les premières dénonciations – particulièrement sévères – des sages-femmes « sauvages », celles de la société traditionnelle, celles des contes de fées…

Or, il est frappant que cette médicalisation s'inscrit dans le sillage d'un intense mouvement de reprise en main des masses populaires : à l'échelle de l'histoire, le moment où le pouvoir central s'interroge sur l'intérêt d'accréditer les sages-femmes apparaît bien proche de celui où, avec l'objectif avoué d'une ré-évangélisation, il envoie dans les campagnes les nouveaux prêtres trempés dans l'esprit du Concile de Trente.

Le formidable ébranlement de la Contre-Réforme, c'est le moment de l'Ancien Régime où, sous la poussée des revendications protestantes, toutes les autorités en place sentent un séisme qui menace leur pouvoir et leurs privilèges ; le moment où les « élites » conscientisent qu'il s'en faut de beaucoup que leurs valeurs aient profondément conquis le coeur et l'esprit du peuple ; le moment où il n'est plus possible d'ignorer que par delà le vernis d'une conversion inconsidérément tenue pour acquise, les masses restent viscéralement ancrées dans les valeurs et pratiques d'une culture bien plus ancienne. Il est significatif que l'entreprise de déculturation forcenée qui s'ensuit se développe alors selon deux axes principaux : d'une part, l'évangélisation des esprits selon les canons fermement ré-affirmés du récent Concile, d'autre part la prise en charge du corps féminin via une médicalisation de l'accouchement, càd de cet instant précis où s'actualise le plus spectaculairement les racines du pouvoir féminin dans la société traditionnelle – son aptitude à exister tout à la fois en creux et en protubérance, sa bisexualité en un mot.

Dans cette perspective, la contribution de la médecine moderne à l'entreprise de déculturation née de la Contre-Réforme apparaît plus clairement. Car ce qui distingue le plus la société traditionnelle de la société contemporaine, c'est justement la place bien plus spécifique des femmes – détentrices comme par hasard des pouvoirs et savoirs qui sont aujourd'hui le monopole de notre profession : ceux qui portent sur le sexe, la procréation et l'accouchement. Et si l'on admet que la déculturation post-tridentine passait par la confiscation de ces savoirs et pouvoirs féminins, il en résulte que la médicalisation a été un ressort essentiel de cette entreprise : la Contre-Réforme, c'est aussi la grande vague des procès de sorciers – dont on sait aujourd'hui qu'ils ont été pour leur majorité des procès de sorcières, visant précisément souvent ces femmes isolées ou recluses auxquelles la société traditionnelle se référait dans les grandes moments de l'accouchement, du mariage, de la procréation et de la maladie. Ce n'est donc guère forcer le trait de constater que, en exterminant nos concurrentes, les bûchers de l'Inquisition ont puissamment contribué à l'installation – au moins idéologique – du monopole médical contemporain et que, symétriquement, ni les médecins ni les sages-femmes assermentées n'ont jamais refusé le secours de leur science lorsqu'il s'est agi, à la demande des inquisiteurs, de documenter les spécificités anatomo-physiologiques « objectivant » l'emprise du Malin sur le corps maudit des sorcières. Est-il anodin que la fin de la chasse aux sorcières soit à peu près contemporaine des premiers édits visant à une formation plus académique des sages-femmes : il n'y a plus besoin de les brûler quand on s'est assuré le contrôle de leurs savoirs et pouvoirs.

Reconnaître que la médecine – la nôtre – ait pu être l'outil d'une déculturation d'essence religieuse conduit symétriquement à s'interroger sur les valeurs cléricales susceptibles d'imprégner notre idéologie dissimulée sous le vernis de la « Science ». On peut se demander, justement, ce que la brutalisation du corps féminin et, notamment, l'horreur compulsionnelle de la médecine pour le vagin, doivent à la misogynie – et même à l'homosexualité plus ou moins latente – des clercs qui ont envoyé nos ancêtres chirurgiens co-évangéliser les masses paysannes…

En tout état de cause, cette élimination des femmes de leurs positions traditionnelles ne relève pas seulement exclusivement de l'histoire, fût-elle moderne : c'est un enjeu toujours contemporain. Le débat sur la prescription de la pilule aux mineures dissimulait qu'il restait des âges de la vie féminine où, traditionnellement, les médecins passaient encore après les mères. Que reste-t-il aujourd'hui pour préserver les jeunes filles d'une médecine qui s'est constituée dans l'horreur de leur corps ?

IX. Conclusion

Méditer, cependant, sur la misogynie compulsive où s'enracine la médecine moderne, c'est aussi introduire à une interrogation sur le sadisme – au sens freudien – de notre savoir et de nos pratiques. Vaste question…

 
 

Eloge de l'engagement (suite)

Par Tata Sophie, 12/06/2008 à 22:27
Catégorie : Général
Parce que des amis vont se marier à l'automne prochain, parce que la vie est un fil et que nous sommes tous des funambules...
 
Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies

"L'amour est visionnaire. Il voit la divine perfection de l'être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s'arrête."

« Entre le désir profond de se lier, de s'engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d'échapper à tout lien, quel tohubohu ! Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d'égale dignité sans être écartelé, il n'y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d'aucun savoir constitué. Il est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d'avancer sont la haute-voltige et l'art du funambule. Un mariage ne se contracte pas. Il se danse. A nos risques et périls. »

Souvent la peur de l'engagement nous coûte cher et nous laisse errer libre certes, mais vide. Entre cette liberté si désirable et la relation vivante que notre nature appelle ardemment, le déchirement semble fatal. Je ne l'ai pas. Pourquoi notre rêve d'autonomie ne respirerait-il pas au cœur même de nos plus profonds engagements ? Pourquoi dans un respect mutuel de nos rythmes et de nos lentes métamorphoses, ne tenterions-nous pas une loyauté nouvelle ? Le mariage - et les alliances vieilles comme le monde - familles et communauté - qui volent en éclats aujourd'hui attendent d'être réinventées, modulées de neuf. Car en-deçà du bruit et de la fureur, l'histoire de notre humanité n'est qu'un lumineux tissu de solidarités secrètes.

"Le miracle est déjà la rencontre d'un homme et d'une femme dans les dédales inextricables du temps et de l'espace. Elle fait bien les choses, cette vie fluide, insaisissable et frémissante qui opère ses choix sans tergiverser et retrouve ses aiguilles dans les bottes de foin de la création."

"La vraie aventure de vie, le défi clair et haut n'est pas de fuir l'engagement mais de l'oser. Libre n'est pas celui qui refuse de s'engager. Libre est sans doute celui qui ayant regardé en face la nature de l'amour - ses abîmes, ses passages à vide et ses jubilations - sans illusions, se met en marche, décidé à en vivre coûte que coûte l'odyssée, à n'en refuser ni les naufrages ni le sacre, prêt à perdre plus qu'il ne croyait posséder et prêt à gagner pour finir ce qui n'est coté à aucune bourse : la promesse tenue, l'engagement honoré dans la traverse sans feintes d'une vie d'homme."

"Ce qui rend le mariage si fort et si indestructible, c'est qu'il réunit un homme et une femme autour d'un projet. D'un projet fou. Souvent voué à l'infortune. D'un défi quasi impossible à réaliser et impérieux à oser. Le drame serait de ne pas tenter l'impossible, de rester, une vie entière, à la mesure de ce qu'on peut".
 
"Le serment

Voilà un mot ancien qui sonne fier, j'en conviens, mais qui n'est plus d'usage, comme il n'est plus d'usage de voir la vie tel un chemin initiatique émaillé de stations et comme il n'est plus d'usage de s'orienter en tous lieux selon les points cardinaux".

"Oui. Et pourtant les points cardinaux persistent en leur lieu et place que nous entretenions ou non avec eux une relation et notre vie est parcours initiatique que nous en ayons conscience ou non et le serment brisé pèse sur nos vies comme sur le toit de nos maisons la couronne d'un grand marronnier décapité par la tempête. Ce n'est pas un sujet dont il y ait à débattre. Un sujet d'opinion. C'est un fait. Et plus j'en accepte l'évidence, plus je peux commencer de considérer les dégâts causés avant que tout ne soit détérioré et qu'il se mette à pleuvoir dans les chambres. Ce n'est pas de lois morales qu'il s'agit mais de lois ontologiques. Nier le sinistre met ma vie en danger".

"Il est temps de reprendre conscience de ce qui fonde la Vie, de ce qui ne dépend aucunement de nous, de ce soubassement que n'ébranlent ni les systèmes de pensée, ni les régimes politiques, ni les révolutions, ni les civilisations mêmes - et qui reste inchangé et inaltéré qu'on l'honore ou qu'on l'ignore".

"Il y a aujourd'hui un irrespect de l'engagement qui fige la moelle dans les os. Entrer au service de la vie est un devoir d'honneur. Mais qui a songé à le dire ? A dire aux époux qu'ils partent sans ticket de retour pour une odyssée et que le voyage va aussi les mener à travers des forêts sombres, des steppes désertiques ... Qui a songé à leur dire qu'une seule chose les portera : la fidélité à leur plus haute espérance - à ce qui leur a été donné de pressentir en l'instant où ils ont le plus aimé ! Qu'ils sachent que cette folie-là, cette fulgurance, cette clairvoyance qui n'aura peut-être duré que le temps de battre des cils est pourtant le seul roc sur lequel se construit une vie, et qu'il n'est de fidélité qu'à cette folie - parce qu'elle seule est à la (dé) mesure de l'amour"

Auteur : Christiane Singer.
Editions Albin Michel.
 
 

L'ouverture...

Par Tata Sophie, 10/06/2008 à 19:14
Catégorie : D-Bloc-notes
Comme j'ai plus ou moins démarré ce blog par "dépit présidentiel" pourrait-on dire, bloguiversaire oblige avec ce 100ème billet, je reviens à mon mouton préféré, celui qui fait couler tant d'encre et résonner tant de clavier...
Comme disait Sartre en son temps : "élections piège à cons". Et ma fois bien des scrutins nous ont permis de constater à quel point c'était vrai.
En attendant une bonne tranche de rire lors d'un prochain rendez-vous électoral, je vous laisse à la découverte de l'extrait d'un petit livre qui brosse un portrait aussi drôle que saisissant du démarrage de ce quinquennat. L'analyse juste est souvent caustique. Tout le monde en prend pour son grade, notre petit Napoléon bien évidemment, mais aussi les "opposants" de gauche qui ont succombé aux sirènes du pouvoir pour briller encore comme des étoiles au firmament... 
Il est amusant de constater ici et là que d'autres élus avisés ont su tirer les leçons de "l'ouverture" pour mieux éteindre leurs anciens opposants et futurs rivaux potentiels en les intégrant dans leur équipe.
 
Extrait de Chronique du règne de Nicolas 1er de Patrick Rambaud
 
Parmi les transfuges si utiles qui provenaient du camp rival, l'abbé Bockel contribuait par sa présence et son nom à affaiblir la Gauche entière, mais cela devait se pratiquer par petites touches, en continue, sans relâchement et sans grondements. Sa Majesté devait amoindrir ses ennemis, les empêcher de s'organiser à nouveau et de peser contre lui. Bientôt les postes de secrétaire d'Etat n'y suffirent plus. Là aussi il fallait éviter la pléthore, ce serait se dévoiler que d'exagérer. Alors sa majesté songea à des commissions qui cloueraient les becs des mieux en vue dans les partis qui s'opposaient encore, quoique peu.
Les commissions devaient mêler des gens d'horizons divers et même opposés, afin qu'ils discutassent et discutaillassent autour de thèmes généraux et imposés, puis composassent un rapport nourrissant qui, dans la plupart des cas était destiné à la poubelle. Des commissions ainsi ordonancées, il en existait à la Chambre depuis que la Chambre existait, et des parlementaires y disputaient ensemble, tous confondus; Notre avisé Souverain ne faisait que récupérer cette coutume pour son usage personnel.
Il était maintenant question d'abîmer mine de rien les illustres de l'opposition que Sa Majesté n'avait pu débaucher entièrement. Missions ou commissions ronflantes, cela parut plus souple et moins compromettant; les proies attrapées clamaient qu'elles oeuvraient pour le bien public en faisant le jeu du Prince, mouillées d'abondance puisque c'était là une manière feutrée de consacrer ce qu'on appelait partout l'ouverture, et qui ne concernait bien entendu jamais la piétaille déjà acquise au Prince, qu'il conduisait à la baguette et ne gratifiait d'aucune récompense.
Sans cesse à l'affût, Sa Majesté n'omettait aucun gros gibier.(...)

Pourquoi les hommes s'en vont-ils ?

Par Tata Sophie, 09/06/2008 à 18:09
Catégorie : Général

ndlr : Un article un peu long mais ça vaut le détour...

Pourquoi les hommes s’en vont-ils ? Une pandémie cachée

De John W.Travis, MD - traduit par Jeanine Barbé

Les hommes quittent leurs familles de diverses façons. Même lorsqu'ils restent à la maison, de nombreux pères sont souvent émotionnellement absents – au travers de la dépression, du workhalcoolism*, la violence ou l'abus physique ou émotionnel, ou retranchés derrière l'addiction aux substances, aux media, à la consommation, au sport, à la nourriture ou au sexe.

Aujourd'hui, dans les nations dites « développées », la plupart des hommes n'ont jamais été maternés, ou si peu. La plupart des gens ne se rendent même pas compte à quel point les personnes "modernes" sont déconnectées les unes des autres, comparées aux cultures où le sens du contact est encore intact. Oui, bien sûr, nous parlons d'aliénation et relevons à quel point les méditerranéens se touchent physiquement, mais nous ne mettons pas en relation ce phénomène avec la façon dont le lien entre les personnes, avec la nature et avec le divin a été mis en lambeaux. Je soutiens que ce fait ignoré, cette épidémie silencieuse est la source de la plupart des maux sociétaux. Le phénomène de pères absents des foyers est seulement la partie visible de l'iceberg.

La plupart des hommes dans notre culture ont été biberonnés et ont subi les autres méthodes de puériculture recommandées telles que dormir seuls ou abandonnés à leurs pleurs lorsque leurs besoins de nourrissons n'étaient pas satisfaits. Biologiquement parlant, le genre masculin est le plus fragile de notre espèce et jusqu'à l'âge adulte, il y a un retard dans le développement comparé aux femelles. Au lieu de recevoir le complément de maternage pour compenser le fait d'être le sexe faible, dans la plupart des cultures, la majorité des mâles, dès l'âge de cinq ans, reçoivent bien moins d'attention que leurs conscrites de sexe féminin. Il n'est guère surprenant alors, que la plupart de ces garçons en manque d'attachement précoce, deviennent en grandissant, des hommes qui passent une grande partie de leurs vies à rechercher inconsciemment une figure maternelle qui leur apportera le maternage dont ils ont été privés nourrissons/bébés. Cette quête est alimentée par la publicité abondante sur ces attributs proéminents, les seins dont ils ont été privés. Une partie de leur mécanisme de survie est d'apprendre à renier leurs émotions et projeter leurs besoins (d'enfant) insatisfaits sur des substituts, tels que les femmes, ou encore le consumérisme, le workhalcoolism*, et d'autres addictions.

Il faudrait peut-être un village pour élever un enfant mais c'est une communauté qu'il faut pour garder les parents sains d’esprit. --- Sobonfu Somé


Pendant quelque temps, nous, hommes en manque d'attachements précoces, pouvons nous débrouiller assez bien dans nos mariages, mais, quand « maman » donne naissance à un enfant et redirige son attention vers ce nouveau-né, il arrive assez souvent que nous perdions ce maternage que nous recevions de nos compagnes.

Ceci est quasiment inévitable étant donné les demandes que reçoivent les parents coincés dans l'expérimentation culturelle en cours que j'appelle désastre de la famille nucléaire (DFN). Les mères en particulier, ne peuvent pas commencer à avoir leurs besoins normaux d'adultes satisfaits à moins qu'elles ne fassent partie de cette micro minorité vivant en tribu, en petites communautés ou en familles élargies.

Au nom de la civilisation et du progrès, les cultures occidentales ont graduellement détruit la tribu/le village/la famille élargie/la communauté et l'ont remplacé par le désastre de la famille nucléaire. Ce dernier en retour, s'est transformé en ce que j'appelle le piège du parent seul (PPS). Ces phénomènes se sont rapidement répandus dans le monde car les Occidentaux ont massivement exporté leurs expériences d'isolement vers tous les continents excepté l'Antarctique. Au début via les missionnaires et les conquêtes, et à présent, via les media et les entreprises multinationales. Les conséquences sont énormes, l'oppression de l'isolement est devenue écrasante particulièrement pour les femmes qui bien souvent se retrouvent à assumer seules la responsabilité totale de l'accompagnement de leurs enfants. En même temps, notre exposition soudaine à un nourrisson qui n'a pas encore été "réglé avec succès" au déni de ses besoins (téter les seins à volonté, être porté avec amour, être constamment en contact avec une personne qui prend soin de lui, etc.…) et qui les exprime sans aucune atténuation vocale. De manière consciente ou inconsciente, cette exposition va extraire de nos mémoires enfouies nos besoins reniés de nourrisson, nous plongeant dans une souffrance profonde.

D'ordinaire, devant une telle intensification de la souffrance, nous allons sortir nos moyens de défense émotionnelle favoris – que ce soient les médicaments, le batifolage, la rage, la dépression, l'addiction ou la violence (physique ou émotionnelle).
Ca, c'est le premier niveau auquel les hommes vivent.

Si (ou lorsque) les mécanismes de défense échouent, parce qu'ils ne s'adressent pas aux véritables besoins, la seule chose à laquelle pensent la plupart d'entre nous est de quitter le stimulus et donc quitter nos foyers.

De leur côté, les filles dans notre culture sont loin de recevoir le maternage approprié et souffrent de similaires expériences d'attachements précoces foireux. Elles ont toutefois l'opportunité de recréer cette expérience d'attachement sécurisé par leur capacité unique d'avoir un lien biologique unique avec le fœtus durant la grossesse (et avec le concours des hormones qui y sont associées). Si elles deviennent capables de maintenir ce lien puissant en résistant à la norme culturelle et en élevant un enfant attaché de façon sécurisée, elles sont souvent capables de se guérir d'une bonne partie de leur déficit affectif. Mais, reconnaissant cela, les mères peuvent voir s'exacerber les souffrances primales restimulées des pères, enclenchant de ce fait leur système de défense et augmentant la probabilité de les voir s'en aller.

Comme la dépression était mon mécanisme de défense favori, je peux plus facilement comprendre cette façon de se débrouiller que les autres, mais je crois que ma théorie s'applique tout aussi bien aux autres mécanismes de défense, tels que les conduites addictives ou la violence. Mécanismes induits de façon similaire par les attachements brisés et la transmission des traumatismes aux générations suivantes


A l'origine de la souffrance

Je suis né en 1943 dans les terres ar